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BENOIT DUTEURTRE, MILITANT DE L’OPERETTE


A 49 ans, cet homme peut s’enorgueillir d’une longévité rare. Benoit Duteurtre fête les 10 ans de « Etonnez-moi Benoit » son émission sur France Musique. Chaque samedi matin, il ravive la mémoire des auditeurs autour de l’opérette et prouve que ce style musical n’est « pas conservateur mais insolent, inventif » plaide-t-il. Écrivain avant tout (Prix Médicis avec Le Voyage en France), il se dit « militant » quand il s’agit d’Offenbach (« Je suis Brésilien j’ai de l’or »), de Henri Christiné (« Dans la vie faut pas s’en faire ») ou d’André Messager (« De-ci, de-là, cahin-caha »).

« L’opérette a su tourner en dérision la société de son époque », explique-t-il. Elle est la fille de Voltaire, profondément française, « subversive et joyeuse mais aussi raffinée ». Après 10 ans de lutte, le « militant » se réjouit que la bataille se gagne : « on constate un retour en grâce des œuvres légères, au théâtre avec Guitry et Feydeau ou au cinéma quand Alain Resnais reprend Pas sur la bouche, une opérette de Maurice Yvain ». Et en littérature avec ses propres romans dans lesquels il croque la société française, ses étudiants à Sciences-Po, ses militants gais, ses beurs de banlieue et ses vaches folles. Il créé des personnages « ni trop bons ni trop parfaits, humains dans leur imperfection, et parfois dans leur ridicule », comme ceux des opérettes. Leurs compositeurs osaient se moquer de leurs aînés, de la « grande » musique. « De nos jours, l’esprit sarcastique a disparu de la musique », dit-il en connaissance de cause. Ce côté rigide de la musique classique, Benoît Duteurtre l’a pris de plein fouet après la publication en 1995 de Requiem pour une avant-garde qui a fait bondir les créateurs (Pierre Boulez notamment) devenus institutionnels à ses yeux. Dans la mère patrie du dodécaphonisme, toutes les critiques ne sont pas permises. Voltaire ne s’est-il pas exilé en Suisse ?

Séverine Garnier

L’opérette en France, ouvrage illustré, Le Seuil, 1997 – réédité en 2009

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