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François-Xavier Roth, électrochoc classique


PORTRAIT – Chef d’orchestre énergique, François-Xavier Roth veut décontracter la musique classique. En 2003, il a créé Les Siècles, un orchestre moderne qui aborde tous les répertoires, du baroque à l’électro. L’émission Presto sur France 2 l’a consacré. Interview « pressée ».

Vous dirigez de nombreux orchestres dans le monde. Vous avez créé votre formation et, déjà, votre label (« Les Siècles Live »). Êtes-vous un homme pressé?
Non, pas si pressé. J’ai un tempérament qui aime construire les choses et surtout marier les contrastes. Je ne peux vivre ma vie de musicien qu’avec des confrontations de forme. En dirigeant par exemple le même mois, la musique de Rameau et l’opéra Mignon d’Ambroise Thomas. Et puis, je ne fais finalement que mon métier, en me levant tous les matins, comme la majorité de l’humanité. C’est juste que je voyage en permanence, c’est un peu plus sportif!

Pourquoi Les Siècles a-t-il si bonne presse?
L’idée d’origine est de former un orchestre idéal qui aborde tous les répertoires. Nous jouons à la fois sur des instruments modernes et d’époque, baroque notamment. Les musiciens ont dû s’ouvrir à une autre technique, un autre style de jeu. Ils se sont remis en question et ont fait leur « coming out » vers la modernité ou vers le passé. Ils le font par envie : à la différence des orchestres installés, les musiciens des Siècles se réunissent par projet et pas de manière systématique.

Les subventions, un besoin pressant ?
En effet… Même si Les Siècles n’a pas attendu d’être financé pour jouer. Une attitude marginale en France où l’Etat subventionne beaucoup la culture. Elle se retourne d’ailleurs contre nous. Les mécènes se disent « vue leur notoriété, ils ne doivent pas avoir besoin d’argent ». C’est tout le contraire ! Nous allons mourir si nous ne sommes pas aidés. L’émission Presto nous a fait connaître du grand public mais elle coûte cher.

Il est pourtant urgent de former la jeunesse au classique.
Le futur public mais aussi le public adulte. J’ai conçu Les Siècles comme un groupe moderne dans sa manière de présenter la musique classique. Les générations précédentes ont eu une posture élitiste, c’est dommage. J’ai la conviction que cette musique n’a jamais autant parlé au plus grand nombre qu’aujourd’hui. Le Français le plus joué dans le monde n’est ni Johnny Hallyday, ni Mathieu Chedid, c’est Maurice Ravel ! L’émission Presto, les concerts éducatifs à la salle Pleyel, les visites des musiciens dans des écoles parfois sensibles : tout cela symbolise la philosophie des Siècles, un orchestre conscient de son rôle social et citoyen.

Certains disent que le son des orchestres devient le même partout, un peu rapide?
Internet, les captations, les enregistrements… peuvent donner des canons d’excellence dans le monde. Mais le fait de faire de la musique est très différent d’un pays à l’autre. C’est le rapport à l’œuvre jouée, ce qu’elle signifie pour les musiciens, qui va influencer les sonorités, la qualité ou la cohésion du groupe. Par exemple en Finlande, une symphonie de Bruckner n’a pas le même sens qu’ailleurs car ces œuvres y sont jouées depuis longtemps, suivant une tradition entretenue.

Quel genre de chef êtes-vous, empressé ou presse-citron?
Je connais les musiciens autour de moi. J’ai joué avec certain d’entre eux à l’époque où j’étais flûtiste. Nos tournées se déroulent dans une ambiance particulière, avec un côté routard. C’est au cœur de la construction de notre formation musicale. J’aime, par exemple, que les talents cachés s’expriment dans cette troupe. Une percussionniste aime dessiner : elle est en train de réaliser notre trombinoscope version manga !

François-Xavier Roth dirige l’Orchestre Philharmonique de Radio France dans Mignon d’Ambroise Thomas à l’Opéra Comique du 10 au 18 avril. Sortie le 9 avril du disque « La Symphonie Fantastique », série « Les Siècles Live », aux éditions les Musicales Actes Sud.

Article paru dans TGV Magazine de avril 2010 – Photo Céline Gaudier

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