POURQUOI LE QUATUOR, SELON ALAIN MEUNIER Alain-Meunier-26-cr-C3-A9dit-Fr-C3-A9d-C3-A9ric-Desmesure Full view

POURQUOI LE QUATUOR, SELON ALAIN MEUNIER

À l’heure où s’ouvre le 6e concours international de quatuors à cordes de Bordeaux, du 10 au 16 mai 2010, son directeur, le violoncelliste Alain Meunier, nous explique pourquoi selon lui, le quatuor est la parfaite incarnation de « l’entrée en société ».

Quels sont les origines de Quatuors à Bordeaux ?
Alain Meunier : La première édition de ce concours à Bordeaux date de 1999. Le concours qui date de 1977 avait lieu à l’origine à Évian et je l’ai amené à Bordeaux. Nous faisons tous les ans un festival de quatuors et une fois tous les trois ans un concours, pour éviter de se chevaucher avec les concours de Londres et de Reggio Emilia en Italie. Il y a déjà trop de concours dans le monde entier !

Quels sont les liens avec la ville de Bordeaux ?
A.M. : Nous sommes très liés, notamment car la manifestation a lieu au Grand Théâtre dont la ville est propriétaire, et aussi car la ville nous soutient financièrement. Par contre, nous sommes indépendants pour ce qui est de la programmation et la gestion du concours.

Le conservatoire de la ville est-il impliqué dans l’évènement ?
A.M.: Pas assez ! Les jeunes musiciens sont absents de la manifestation même si les concerts sont ouverts et gratuits. Ce n’est pas dans la culture des conservatoires, je le sais, je suis passé par là : on nous apprend à jouer d’un instrument en répétant, et répétant toujours – la fameuse « répétition névrotique » dont parlait Glenn Gould – mais on n’incite pas les jeunes à écouter les autres. C’est pourtant le propos d’un quatuor, d’apprendre à écouter les autres… C’est triste que ces jeunes ne soient pas là.

Comment sont établis les critères de sélection des candidats ? Certains des quatuors entendus à Bordeaux cette année ont déjà une expérience de la scène et du disque, d’autres pas…
A.M.: C’est vrai mais certains quatuors qui ont cette expérience ne me donnent pas pour autant l’émotion attendue. Quant au recrutement, le monde des quatuors est un petit monde, on se connait ! La plupart des musiciens qui forment un quatuor viennent prendre des cours auprès de spécialistes de quatuors, etc. Je n’ai pas beaucoup de difficultés pour repérer les 15 quatuors de la compétition. Ces critères ne sont ni démocratiques ni rationnels mais ils fonctionnent !

Quels sont les bénéfices pour les ensembles participant au concours ?
A.M.: Au delà des prix et des récompenses (comme le quatuor d’archers offert par Jean-Luc Tauziède, un archetier du Sud-Ouest), les quatuors qui se sont produits ici seront souvent invités dans d’autres manifestations, même s’ils ont été éliminés au premier tour. Quatuor à Bordeaux a la vocation d’aider les ensembles à rencontrer les professionnels et d’offrir au premier prix de se produire en concert plus souvent qu’il n’aurait pu.

Pourquoi des jeunes musiciens se mettent-ils en quatuor d’après vous ?
A.M. : Les solistes qui font ce choix aiment d’abord le répertoire des quatuors, qui pour moi est la quintessence de l’histoire de la musique classique, et donc de la musique occidentale. C’est une source de joie, une expérience humaine inépuisable, allant même parfois jusqu’à la détestation ! Le quatuor est la plus belle incarnation de l’entrée en société : être soi-même et écouter les autres. Il y a peu d’expérience équivalente pour vivre ensemble. Chaque note est une signature, le son de notre être intérieur. Un musicien ne pourra pas supporter le rejet de lui-même par un autre musicien du quatuor, donc il sera attentif à comment l’autre va accepter cette note. C’est plus que l’addition de quatre individualités.

Photo : Alain Meunier © F. Demesure
En savoir plus : une vidéo sur le parcours d’Alain Meunier
Article paru sur altamusica.com

Leave a comment