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DON JUAN, VIEUX BEAU AU BOUT DU ROULEAU


Petit coup de cœur pour la production de Don Juan à Aix-en-Provence retransmise par Arte ce lundi 5 juillet.

Bien sûr, au départ, sur le papier, on pouvait s’étonner du propos du metteur en scène Dmitri Tcherniakov de distendre le temps de l’action et de transposer la journée de Don Juan sur un mois. Pourquoi faire ? Amener un temps de réflexion dans la vie du célèbre séducteur? C’est prendre le risque de briser le grand questionnement de l’œuvre : suicide du conquérant fatigué ou éternel défi à la mort au nom de la liberté. Surprise également que de créer des liens de famille entre certains personnages comme Donna Anna et Zerlina.


Dans un prologue créé par le metteur en scène, le commandeur réunit ses intimes, tous les personnages principaux de l’œuvre, dans la salle à manger de ce qu’on imagine être une maison bourgeoise. Et voilà pourquoi on est pris par le propos de Tcherniakov : l’opéra de Mozart devient un drame de l’incestuel ordinaire de la bourgeoisie. Anna, la fille du commandeur est agressée par le mari de sa cousine et sa propre fille sera aussi victime du pervers cousin. Le tout en présence des beau-père et futur mari… Vive les réunions de famille et le transgénérationnel!

Don Juan, qui passait pour sympathique dans de nombreuses versions de l’opéra, devient un vieux beau au bout du rouleau, las de croiser ses ex, ses cousines, ses nièces qui lui renvoient une piètre image de lui-même. Ce n’est plus trop le commandeur, grande figure du père, qui force Don Juan a affronter sa vérité, ce sont toutes ses femmes. Dans cette mise en scène, elles sont moins revanchardes, moins vertueuses et c’est tant mieux ! Elles deviennent de nouvelles femmes, qui se font respecter, qui savent séduire, jouir, manipuler, punir. Le pauvre Don Juan ne tient plus la route dans ce matriarcat éclatant où les maris, les pères et les séducteurs en série ont perdu leur phallus.

Et cela se concrétise – malheureusement – vocalement : Bo Skovhus (Don Juan) et Kyle Ketelsen (Leporello) semblent manquer d’énergie et de souffle par endroit. Il catalogo est un roman de gare vite lu et vite oublié. Certaines phrases du La ci darem la mano sont coupées pour reprendre un souffle qui n’est pas celui du cœur palpitant et excité du séducteur. Les filles s’en tirent légèrement mieux, Marlis Petersen (Anna) notamment, mais Kerstin Avemo (Zerlina) manque de rondeur et de subtilité au moment de regagner le cœur de Mazetto.
Le drame bourgeois manque de noblesse musicale. Dommage car on connaît trop bien la partition.

Don Juan de Mozart à Aix-en-Provence

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