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MAIS QUI EST JEREMIE RHORER ?


RENCONTRE – S’est-on trompé sur son compte ? Depuis quatre ans, Jérémie Rhorer est le jeune chef d’orchestre classique français sur lequel se posent tous les regards. Depuis 2006, lorsqu’il a dirigé l’Idomeneo de Mozart au Festival de Beaune. A la tête du Cercle de l’harmonie, ensemble spécialiste de la fin du XVIIIe qu’il a fondé en 2005, il fait preuve d’une telle maturité qu’on le compare au grand maestro italien Riccardo Muti. « C’était le premier opéra que je dirigeais. Le succès a associé mon nom à ce répertoire, m’a collé une étiquette médiatique dont j’ai du mal à me défaire. Pourtant j’aurais aussi bien pu diriger La Traviata ! ».

Heureusement il a de belles occasions de combattre cette « frustration » : les invitations à diriger d’autres orchestres, comme ce jeudi l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine. « Notre premier concert en 2009 est un très bon souvenir. Il y a eu une vraie rencontre, chaleureuse, avec les musiciens… ce qui n’est pas toujours possible car nous ne travaillons que deux ou trois jours ensemble. » Ce concert lui offre aussi le choix d’un répertoire moderne : L’apprenti sorcier de Paul Dukas, la symphonie n°1 opus 13 de Tchaïkovski et le concerto pour piano N°3 opus 26 de Prokofiev avec le jeune pianiste Simon Trpceski. « L’idée est de faire un lien entre la musique russe et la musique française. Les concordances harmoniques me semblent évidentes quand on compare Dukas et le premier Stravinsky ». Claveciniste de formation, élève de Christophe Rousset, assistant de Marc Minkowski et de William Christie, Jérémie Rhorer, 37 ans, n’est donc pas à confiner dans le monde baroque et, pour cela, il faut se rappeler qu’il compose (Le cimetière des enfants fut créé en novembre 2008), et que ses références sont aussi celles du XXe siècle : « Je me sens dans la lignée de Dutilleux ou de Thierry Escaich, mon maître, et j’apprécie beaucoup les américains Steve Reich, John Adams ou encore Ligeti. Travailler sur cette musique me motiverait énormément » et nourrirait l’espoir de faire venir au concert une nouvelle génération d’amateurs. « Les salles se vident, les publics vieillissent. Si nous n’offrons que des références passéistes, des classifications arbitraires, pour qui jouera-t-on dans vingt ans ? »

Article paru dans SUD OUEST DIMANCHE du 31 octobre 2010
© Y.Coupannec

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