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Louis Langrée : l’orchestre en haute définition


ENTRETIEN – Le maestro français, directeur du Mostly Mozart Festival de New York, spécialiste de la musique symboliste française, dirigera à l’Abbaye aux Dames de Saintes le Jeune Orchestre Atlantique (JOA).

Pourquoi jouer Debussy, Chausson et Saint-Saëns sur instruments anciens ?
Louis Langrée : Depuis cinquante ans, on trouve normal d’écouter la musique baroque et classique sur instruments anciens, plus rarement la musique romantique tardive, française notamment. On redécouvre ces musiques d’une manière nouvelle, avec un esprit de découverte. Etonnement, elles redeviennent modernes, contemporaines, surprenantes comme elles l’étaient au début du siècle.

A quelles sonorités nouvelles peut-on s’attendre ?

L. L. : Ca change tout ! Prenons l’exemple des cors. Mozart, dans ses partitions, écrit « mi bémol » alors que cette note n’existait pas dans le cor ancien. Le corniste devait mettre sa main droite dans le pavillon pour distordre le son et créer la note voulue. Par rapport au cor à pistons qui peut directement créer un mi bémol, l’instrument ancien ajoute un effet forcément saisissant. Et si Mozart l’a demandé, sachant que ce n’était pas possible, c’est bien qu’il voulait cet effet, non ? Pour notre programme français, la différence viendra surtout des cordes : par rapport aux cordes en boyau, les cordes en acier des instruments actuels donnent un son très puissant. Nous devrons donc troquer le volume pour la densité et la clarté. Cela demandera aux musiciens un souci de phrasé, d’articulation indispensable.

Notamment dans la symphonie d’Ernest Chausson ?
L. L. : On reproche souvent à Chausson une orchestration assez lourde. Il nous faudra remplacer la lourdeur par la richesse sonore. J’aime dans cette musique française la précision des couleurs, très claires, très identifiables, comme un vitrail ou un caléidoscope. Chausson, Debussy et Saint-Saëns étaient forcément influencés par le symbolisme de Wagner, qu’ils soient fascinés ou agacés par sa musique. Avec Saint-Saëns, on retrouve une virtuosité et une exacerbation romantique reconnaissables entre tous. Avec Chausson, un hommage au classicisme avec des couleurs et des timbres extraordinaires. Je chercherai avec le JOA une haute précision dans ces couleurs.

Quels conseils auriez-vous à donner aux jeunes professionnels du JOA ?
L. L. : Je leur conseillerais de garder l’écoute mutuelle qu’exige le travail d’orchestre, le souci du dialogue musical. Les chefs sont venus tardivement dans l’histoire de la musique. Longtemps la musique d’orchestre a été de la musique de chambre élargie. On s’écoutait. Jamais un musicien d’orchestre ne doit être passif, obéissant aux ordres du chef sans donner de soi. L’orchestre est une énergie collective qui permet de façonner une œuvre à partir de ce que sont les musiciens.

Jeune Orchestre Atlantique dirigé par Louis Langrée, 17 novembre à 20H30 à l’Abbaye aux Dames à Saintes, le 18 à La Coursive de La Rochelle. Entrée : 13 à 22 euros. Réservations au 05 46 97 48 48 (Saintes) et 05 46 51 54 02 (La Rochelle).

Programme :
Claude Debussy, Prélude à l’après-midi d’un faune
Camille Saint-Saëns, Concerto pour violoncelle n°1, avec Pieter Wispelwey en soliste.
Ernest Chausson, Symphonie en si bémol majeur

Article paru dans Sud Ouest Dimanche du 14 novembre 2010

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