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TU T’EN SERS PAS DE TON OPÉRA ?

REPORTAGE – 240 ans après son inauguration l’Opéra Royal de Versailles voit enfin son décor somptueux accueillir une vraie programmation lyrique, chorégraphique et théâtrale.

L’Opéra Royal de Versailles, c’est un peu comme cette magnifique voiture de collection que l’on n’ose pas sortir du garage. Heureusement, Jean-Jacques Aillagon a eu envie de s’en servir. Après une année de rodage, l’une des plus belles salles du monde s’ouvre le 19 décembre pour une nouvelle saison de spectacles. « Enfin ! » soufflent en cœur les historiens. Car depuis que Louis XIV le commanda en 1685 à Jules Hardouin-Mansart, l’Opéra Royal de Versailles n’a accueilli… qu’une vingtaine de représentations.

Louis XIV endetté par les guerres ne le vit jamais achevé. Louis XV le fit terminer par Ange-Jacques Gabriel près de cent ans plus tard : il fut inauguré en 1770 à l’occasion du mariage du futur Louis XVI et de la mangeuse de macarons. En 1793, on vendit ses lustres, ses glaces et son mobilier. Le faste royal avait pris fin. Le Sénat républicain allait même y prendre ses quartiers de 1871 à nos jours.

Nommé à la tête du domaine national de Versailles, l’ancien ministre de la culture Jean-Jacques Aillagon bouleverse les lignes, installe Murakami dans la Galerie des glaces et décide que l’Opéra doit servir dorénavant… d’opéra. Exit le Sénat, bienvenue aux 13,5 millions d’euros de rénovation. Pour le fonctionnement, par contre, c’est système D : « L’Opéra Royal de Versailles ne reçoit pas de financement de l’Etat, explique Laurent Brunner, directeur de la filiale Spectacles du Château de Versailles. Nous vivons du mécénat (Vinci, LVMH, Nexans) et du prix des places (de 35 à 150 euros). Notre équipe ne compte que vingt permanents s’occupant de l’Opéra, des Grandes Eaux et des expositions, quand le moindre opéra de province fonctionne avec cinquante personnes. » Donc, pas question d’envisager la création d’une grande œuvre contemporaine. Par contre l’opéra baroque, la musique classique, la danse et le théâtre se marient très bien avec cette salle intime de 650 places à l’acoustique parfaite et aux décors absolument somptueux, blanc, or et bleu roi.


« Attirés par la polémique suscitée par l’exposition d’artistes contemporains au Château, les amateurs viennent à Versailles se faire une opinion et s’offrent à l’Opéra une soirée exceptionnelle dans un lieu de luxe », poursuit Laurent Brunner, qui ne compte pas pousser trop loin le mélange des genres pour cet écrin musical. « La programmation culturelle est ambitieuse mais reste en adéquation avec le lieu. On n’y entendra pas de rock mais nous avons programmé Vanessa Paradis pour une soirée acoustique. Cela permet à des jeunes de ne plus voir Versailles comme la destination d’une sortie scolaire mais comme un vrai lieu de culture ».

Et cela permet aussi de voir des spectacles complets à Paris comme « Suivront mille ans de calme » du chorégraphe Preljocaj avec les danseurs du Bolchoï sur une musique de Laurent Garnier, créé en octobre au Théâtre de Chaillot. Dix jours plus tard sera donné le « Rinaldo » de Haendel, dans les mêmes conditions qu’au temps du roi : éclairage à la bougie, décors et costumes anciens. Car décidemment à Versailles on n’a pas peur de faire le grand écart : l’humour potache de Shirley et Dino mettant en scène le « King Arthur » de Purcell contre une « Bérénice » de Racine par La Comédie Française. Entre temps, des récitals de stars de l’opéra : Cécilia Bartoli, Natalie Dessay, Vivica Genaux, Julia Migenes. Le temps ne compte plus. L’Opéra a 240 ans à rattraper.

© Chateau de Versailles/JM Manai

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