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BRIGITTE ENGERER, DUETTISTE AMOUREUSE


PORTRAIT – Sur scène avec le violoncelliste Henri Demarquette, la pianiste propose un programme délicat et surprenant.

Quand elle parle de musique classique, Brigitte Engerer exprime plus que du bonheur : de la joie. Celle de venir à Bordeaux, dont elle aime la beauté. Celle d’y fêter avec le violoncelliste Henri Demarquette quinze années de duo intense sur scène. Comme un couple d’amoureux, ils ont « leur chanson », la sonate opus 65 de Chopin, qu’ils ont travaillée ensemble à l’occasion d’une émission de télévision. Avec cette œuvre fétiche, ils ont scellé leur complicité musicale et approfondi leur connaissance mutuelle en évoquant entre autres leurs références culturelles. Pour Brigitte, c’est évidemment la musique romantique et la Russie, où elle a nourri son âme bouillante et son piano au Conservatoire Tchaïkovski de Moscou. Pianiste glorifiée (prix d’honneur aux Victoires de la musique classique 2011), elle forme aussi des duos avec de jeunes musiciens et s’amuse de l’inversion du féminin et du masculin. Avec l’imposant Boris Berezovsky, elle joue la transcription pour deux pianos du duo « La ci darem la mano » entre Don Juan et la jeune Zerlina, Brigitte jouant bien évidemment… Don Juan ! « Les musiciens comme les acteurs, explique-t-elle, ont cette chance merveilleuse d’exprimer des sentiments dont ils ne font pas forcément l’expérience. Je ne suis pas Don Juan dans la vie!»

Idem avec Henri Demarquette au violoncelle, instrument qu’elle trouve plus «guibky» (« souple » en russe), «plus féminin que le piano». Avec Demarquette, elle donne Les sonnets de Pétrarque de Liszt dans leur version originale, pour voix et piano, le violoncelle prenant la partie chantée. Une idée étonnante et originale dont elle pourrait se flatter. A l’origine, une grande émotion, comme souvent avec Brigitte Engerer : «j’ai entendu ces Lieder à Jérusalem, chantés par le ténor Rolando Villazón accompagné par Daniel Barenboïm au piano. Je me suis mise à sangloter dès les premières mesures… ce qui n’était pas très délicat, car faute de place dans la salle, on m’avait fait asseoir sur la scène !» Ce programme très personnel se complète avec les trois Fantasiestücke de Schumann et s’achève avec la fameuse Arpeggione, et non pas la sonate opus 119 de Prokofiev prévue dans la suite de leur tournée à Paris dans quelques semaines, car Henri et Brigitte l’ont «déjà jouée aux Bordelais en 2007». Douce attention. En finissant avec la poignante sonate de Schubert qu’elle «pourrait jouer à n’importe quelle heure du jour et de la nuit» tellement sa «couleur pourpre» l’emporte, les spectateurs partiront sur une note triste mais avec le cœur en joie.

Concert. Lundi à 20H au Grand-Théâtre. Entrée : 8 à 40 euros.
Article paru dans SUD OUEST DIMANCHE le 27 février 2011
Photo : Brigitte Engerer et Henri Dermarquette © Solomoukha

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