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FESTIVAL POCHETTE SURPRISE

REPORTAGE – Prendre les mélomanes par surprise et rompre avec le cérémonial du concert : telle est la recette à succès du festival Le Printemps des Arts de Monte-Carlo.

S’il fallait trouver une bonne raison d’aller à Monaco cette année, il y a bien sûr le mariage du Prince Albert cet été. Mais si l’on préfère le jean à la tenue d’apparat et les baskets aux escarpins, mieux vaut se rendre au Printemps des arts de Monte Carlo, dans le plus connu des quartiers du Rocher. Quand le compositeur Marc Monnet, directeur artistique du festival, en a pris les rênes il y a huit ans, sa première programmation a été un «choc» pour les mélomanes monégasques soudain sortis d’une douce torpeur. Sous l’impulsion de la princesse Caroline, la principauté a renoué avec son passé prestigieux en matière de création artistique : les Ballets russes de Serge Diaghilev, les créations de Stravinsky ou de Ravel, au début du siècle passé.



La musique est au cœur du Printemps même si tous les arts y sont conviés : cirque, peinture, théâtre, etc. Un seul mot d’ordre : faire bouger la forme, amener une nouvelle façon de présenter la musique, souvent guindée dans des concerts aux conventions strictes. Marc Monnet a décidé de «ne se fixer aucune limite»: la musique choisie est «classique» mais elle peut aussi bien avoir été écrite au Moyen-âge que l’année dernière. «Nous avons dix siècles de musique derrière nous, explique-t-il. Il faut tous les faire entendre». Ainsi, le premier des quatre week-ends de l’édition 2011 s’intitule «Danser, l’ivresse de la foi» et fait se croiser l’ensemble Doulce Mémoire, spécialiste de la musique de la Renaissance, avec une compagnie turque de derviches tourneurs. Les interprètes de qualité sont parfois des trouvailles : Marc Monnet a été l’un des premiers à avoir invité le Vegetable orchestra, ce groupe de musiciens jouant avec des légumes.

Ticket surprise

Prendre les spectateurs par surprise est la joie des organisateurs du festival. A chaque édition, les festivaliers sont de plus en plus nombreux à acheter… du mystère : un ticket pour un concert surprise dont ils ne savent ni le lieu ni le contenu. Ces curieux ne connaissent que le point de ralliement sur une place de Nice ou de Monte-Carlo. Les concerts de ces «Voyages surprises» ont ainsi eu lieu sous les rotatives du journal Nice Matin, dans une usine de rénovation des trains de la SNCF, ou sur un parking… «Oui mais immense, précise Marc Monnet, pour garer des bus, et il a vue sur mer!» Le programme est aussi surprenant que le lieu, comme le Pierrot lunaire de Schoenberg interprété par un groupe de rock allemand ou, cette année, la Missa Sacra, œuvre quasi inconnue de Schumann. Succès total auprès des mélomanes : «une telle ambiance change forcement l’écoute car on échappe au cérémonial du concert, témoigne l’un d’eux. Les pieds dans la poussière plutôt que la tête sous les lambris dorés, c’est forcément différent! Ca ouvre l’esprit… du moins les oreilles».

Le choix de scènes insolites n’empêche pas Le Printemps des arts de Monte Carlo d’avoir lieu dans les salles magnifiques que possède la principauté: l’opéra signé Charles Garnier, (le petit frère de l’Opéra de Paris), le Casino, le Sporting d’hiver, etc. Le défi initial lancé par la princesse Caroline a été relevé : les monégasques accueillent de nouveaux mélomanes, venus de Nice et de sa région, une population qui change du public habituel des concerts du Rocher. Marc Monnet peut l’affirmer : «en prenant des risques on amuse le public».

Du 18 mars au 10 avril

Article paru dans TGV magazine de mars

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