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PHILIPPE CASSARD : « EXALTER LA BEAUTÉ »

INTERVIEW – Homme de radio et formidable pédagogue, Philippe Cassard s’installe au château Cheval-Blanc, à Saint-Emilion, pour un concert et trois émissions. Rencontre.

Sud Ouest: Vous avez préféré faire de la radio plutôt que d’enseigner dans un conservatoire, pourquoi?Philippe Cassard : Comme dans mon émission « Le Matin des musiciens », je pourrais trouver dans l’enseignement ce plaisir de partager, de transmettre un savoir, d’échanger. Mais l’école ou le conservatoire ont pour moi un aspect contraignant, celui de la répétition. Donner un cours chaque semaine, à la même heure aux mêmes personnes est quelque chose que je ne peux pas faire, sur le long terme en tout cas. Je m’y contrains avec plaisir l’été lors d’académies à Manchester ou en Suisse. Je donne beaucoup aux élèves mais je ressors laminé ! Le but des « Matins des Musiciens » est de donner la parole aux interprètes, de montrer comment la musique se pratique au quotidien. Chaque mercredi, en partant de la partition, j’essaie de montrer comment la musique entre dans le corps et les doigts du pianiste sans jargonner, sans que cela soit réservé à des élites. Les auditeurs se sentent ainsi complices de l’interprète.
Les émissions consacrées à Schubert, dont l’une enregistrée à Saint-Émilion en 2010, viennent d’être compilées dans un coffret. Schubert est un pilier de votre répertoire ? P.C. : Tout à fait. Nous avons réalisé une trentaine d’émissions sur le répertoire de Schubert. Elles ont permis de dresser un portrait aussi complet que possible du compositeur, reconstituant sa vie d’homme et son imaginaire. Son piano ne peut pas se comprendre si l’on ne lit pas les Lieder (les poèmes destinés à être chantés, NDLR) qui l’ont inspiré. Cette résonance avec les autres arts est essentielle. Je ne connais pas de grand interprète insensible aux arts. Personne ne me fera croire qu’en s’abstenant de tout contact avec la peinture, la littérature, le cinéma, notre propre imaginaire en ressortira grandi. Nous vivons dans une société tellement laide qu’il nous faut exalter chaque moment de beauté possible. Ce coffret (éditions France Musique) vient répondre à de nombreuses demandes d’auditeurs.
Pourquoi venir à Saint-Emilion, au château Cheval-Blanc ?
P.C. : Une à deux fois par an, France Musique m’offre le luxe d’enregistrer à l’extérieur du studio (lire ci-dessus). Je viens dans ce lieu légendaire – une première pour moi _à l’invitation des Grandes heures de Saint-Emilion, par amitié pour son président François Querre, un homme extrêmement généreux et passionné de musique. Le vin a toujours été une de mes passions… Rien que le nom « Cheval Blanc » me fait frémir ! Le point commun entre la musique et le vin est le temps. Le temps qu’un interprète sorte de sa chrysalide, trouve ses idées, les remette en question, et le temps dont la vigne a besoin pour que chaque année puisse sortir de la terre un vin de cette qualité.
Concert dégustation, vendredi 16 décembre, 20 h 30, Château Cheval Blanc, Saint-Emilion. 15 et 32 €. Informations et réservations 05 57 55 28 28. Le concert sera retransmis sur France Musique le 5 janvier de 14 à 16 heures.
PHOTO : Philippe Cassard©Jean-Baptiste Millot.

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