2012 FETE CLAUDE DEBUSSY Debussy Full view

2012 FETE CLAUDE DEBUSSY

PORTRAIT – Révolutionnaire, impressionniste, esthète, critique: 2012 fête Claude Debussy Il aurait eu 150 ans en 2012. 

A la fois créateur anticonformiste et artiste mondain, Achille-Claude Debussy (1862-1918) aurait-il méprisé cette commémoration ? Probablement pas, car si son œuvre est largement admirée et son influence sur l’histoire de la musique est communément admise, la reconnaissance de son génie fut difficile.
« Debussy s’est construit lui-même, analyse le pianiste Philippe Cassard, auteur d’un essai sur le compositeur à paraître à l’automne (Actes Sud). Enfant de modestes commerçants, il a eu la chance de suivre des cours de piano mais a exclu spontanément les mauvais professeurs et les institutions qui dictaient ce qu’il était interdit de composer. Les années difficiles, celles d’avant 1902 (date du succès de son opéra Pelléas et Mélisande), expliquent pourquoi il a pu être le plus révolutionnaire des compositeurs de son époque, un révolutionnaire de velours qui allait à l’encontre des théories musicales de son temps, au profit du beau, du singulier, une singularité propre au XXe siècle. »

Le pianiste Philippe Cassard aura une place essentielle dans cette année Debussy car il a hérité d’un trésor : quatre mélodies disparues ou inconnues. « Un mécène voulant rester anonyme a entendu une émission de radio que j’ai consacrée au Clair de Lune de Debussy (Philippe Cassard produit « Le matin des musiciens », tous les mercredis sur France Musique, ndlr). Il m’a contacté, me disant qu’une partie de sa famille était liée à Debussy. Un jour, il m’a placé devant des partitions inédites de quatre mélodies inconnues des musicologues. J’ai eu un tremblement de plaisir ! » En accompagnant Natalie Dessay, probablement la meilleure Mélisande actuelle, Cassard a rendu public fin novembre dernier ces mélodies du jeune Debussy. (Ce programme unique fera l’objet d’un disque à paraître le 13 février chez Virgin Classics.)

Dès fin janvier à la Cité de la Musique à Paris, un colloque et une série de concerts rendront compte de cet « esprit Debussy », un esprit moderniste qui marqua profondément l’histoire de la musique : Stravinsky, Bartók, Boulez, jusqu’aux grands jazzmen. Une exposition au Musée de l’Orangerie soulignera combien Debussy fut influencé par les arts de son époque. « Il avait un cerveau à l’affut du monde, confirme Philippe Cassard, l’instinct d’aller à la rencontre des meilleurs artistes de son temps, Camille Claudel ou Verlaine qu’il a été le premier à mettre en musique. » Et bien sûr Renoir, Degas, Bonnard, Redon. Comme leur peinture, la musique de Debussy était qualifiée (une insulte à l’époque) « de symboliste ou d’impressionniste, termes commodes pour mépriser son semblable », écrivait Debussy en 1901. Cette correspondance est une évidence pour le pianiste Philippe Cassard, qui renoue cette année avec un défi qui a été sa marotte entre 1993 et 2003 : jouer l’intégrale des œuvres pour piano de Debussy. « En jouant ces 35 années de création musicale sur une seule journée, on éprouve la même sensation que lorsqu’on regarde un tableau impressionniste : de près, un voit une multitude de taches pour créer une seule couleur. De loin, on saisit le tableau entier. »

Pour fêter cet anniversaire, on peut également suivre les pas de Debussy près de chez nous, dans le Sud Ouest. Il donna à Biarritz ses deux derniers concerts et passa, durant la Première guerre mondiale, ses vacances à Saint-Jean-de-Luz et à Arcachon, dont il apprécie la nature mais pas le niveau musical. Après y avoir entendu un violoncelliste réputé du Conservatoire de Bordeaux, il confie à son éditeur : «Il m’a fait regretter pendant un moment, d’avoir écrit une « Sonate pour violoncelle », et, douter de la sûreté de mon écriture ! Enfin, ne « doutons » plus qu’il n’y ait de mauvais musiciens partout ! ». Il ne savait pas alors que les musiciens du Sud-Ouest – comme Louis Rosoor ou Natalie Dessay – feraient beaucoup pour la connaissance de son œuvre !
Les sorties de disques
– En janvier : « Le Tombeau de Debussy », par Jan Michiels sur piano Erard de 1892 (Fuga Libera), «Debussy à quatre mains, Debussy à deux pianos» par François Chaplin et Philippe Cassard (Universal), « Debussy, Intégrale pour piano seul », réédition complétée (Accord-Universal).
– En mars, EMI réédite ses coffrets « Ciccolini – Debussy », «Samson François – Debussy » et « Les Introuvables de Debussy ».
– En septembre : « Préludes » par Philippe Bianconi (La Dolce Volta). Philippe Bianconi se produira à Bordeaux le 18 novembre dans le cadre de L’Esprit du Piano.
Les rendez vous
– « Claude Debussy, la musique et les arts », du 21 février au 11 juin au Musée de l’Orangerie.
– « L’esprit Debussy », du vendredi 27 janvier au 4 février, à la Cité de la Musique.
Natalie Dessay, Philippe Cassard : Mélodies. Le 26 février à la Salle Pleyel à Paris, le 28 février à La Halle aux Grains de Toulouse. – Francois Chaplin et Philippe Cassard : le 3 avril à Niort, le 25 avril à Toulouse.
– Intégrale pour piano seul par Philippe Cassard : le 21 juillet dans le cadre de « Toulouse l’été ».
Photos : DR et JB Millot

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