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OSCAR STRASNOY, ENTRE OPÉRETTE ET CONTEMPORAINE

INTERVIEW – Compositeur argentin, formé en France et vivant à Berlin, Oscar Strasnoy est le compositeur vedette de Présences, festival de création musicale de Radio-France, à Paris mi-janvier. Ce jeudi,son « opérette a capella » intitulée « Geschichte / L’Histoire » est donnée en première française à Gradignan. Rencontre.

S.O. : Que veut dire une « opérette a capella » ?
O.S. : Dans le projet d’origine, créé en 2004 à Stuttgart, je souhaitais faire une opérette d’un genre nouveau, une pièce toujours à la frontière entre le théâtre parlé et le théâtre chanté. Jevoulais même que les six chanteurs ne fassent que parler, en suivant une partition de musique. Mais les membres de l’ensemble Neue Vocalsolisten de Stuttgart, qui ont créé la pièce et qui en seront les interprètes à Gradignan,sont d’une telle qualité que cela aurait été un gâchis de ne pas enprofiter !

S.O. : Il est rare que les compositeurs de musique « classique » actuelle s’attaquent à l’opérette. Pourquoi avoir choisi ce genre ?
O.S. : J’ai tout simplement un faible pour l’opérette, un genre de musique très riche, populaire et qui implique un mélange entre théâtre et musique. Je m’y suis déjà attelé avec « Opérette », une composition inspirée du texte de Witold Gombrowicz. « Geschichte/L’Histoire » est écrite à partir d’un autre texte de cet écrivain polonais réfugié en Argentine, un auteur absolument génial mêlant philosophie et psychologie à l’absurde.

S.O. :Que raconte « Geschichte / L’Histoire » ?
O.S. : Witold Gombrowicz, est lui-même le protagoniste de l’histoire. Il est assis à sa table d’écriture et il imagine sa famille de façon humoristique : ses parents – qui jugeaient mal cet enfant terrible de la littérature – deviennent des examinateurs du baccalauréat, puis des membres de la cour de Guillaume II (1859 -1941), le dernier empereur allemand à la veille de la Première guerre mondiale. Le délire se poursuit au point que Gombrowicz s’accuse lui-même d’avoir tué l’archiduc François-Ferdinand, dont l’assassinat le 28 juin 1914 est considéré comme le déclencheur des hostilités.

S.O. :Votre musique comporte de l’humour, étrange pour de la musique moderne,non ?
O.S. : On dit cela en effet, mais si ma musique éveille le rire, je ne le cherche pas. L’humour est dans le texte, dans Geschichte par exemple… et la dimension comique ne vient que de celui qui écoute, qui possède une culture particulière qui lui permet de mettre de la distance entre lui et le texte ou la musique.

S.O. : Vous préparez un opéra, une commande de l’Opéra de Bordeaux, qui sera créé fin 2012…
O.S. : Effectivement, je suis en pleine écriture ! Je collabore avec Christine Dormoy, de la Compagnie Le Grain, qui signe aussi la mise en scène de Geschichte à Gradignan. Je me suis inspiré des textes d’un écrivain russe des années 1920, Daniil Harms. Comme avec Geschichte, c’est un huis clos familial, une chose qui m’amuse et que j’ai déjà expérimenté dans mon opéra « Le Bal », créé en 2010. Ce texte a également du comique, de l’absurde, un côté proto-surréaliste avec ce grotesque venu de l’Est, de Russie (Gogol par exemple) qui met en lumière la solitude des personnages. Dans l’œuvre de Harms, il s’agit de la solitude de l’individu face à la société, à l’Etat totalitaire (Harms fut un ennemi du régime stalinien, ndlr) mais aussi face aux femmes, à l’absurdité de la vie, au sentiment d’être mis à nu dès qu’il sort de chez lui, de ne plus être protégé. Dans Geschichte, le personnage principal a les pieds nus et cela est très mal vu. Il s’agit d’une référence à la psychanalyse.

S.O.Au festival Présences à Paris, une grande partie de vos œuvres sera jouée, comment le vivez-vous ?
O.S. : De manière très positive, comme un énorme cadeau dont je suis très reconnaissant. Dans la carrière d’un compositeur, entendre toutes ses œuvres est une étape : à la fois je suis curieux de les mettre en perspectives les uns avec les autres et j’ai également peur de cette grande exposition. Tous le monde peut faire votre bilan personnel… il faut assumer !

S.O : vous avez quitté l’école à 14 ans pour la musique, une lourde décision !
O. S. : …Et surtout une énorme confrontation avec mes parents ! Confrontation que je devais rechercher d’une certaine manière. Mes parents étaient sensibles à la musique mais ils étaient avant tout des scientifiques : l’école était sacrée. La quitter, pour la musique ou pas, était inconcevable. Pour moi, ne plus aller à l’école était très jouissif, comme de regarder les copains forcés d’y aller et pas moi ! À posteriori c’était une décision inconsciente, impulsive comme ces gens qui partent faireune course et ne reviennent jamais. C’est un peu lâche mais aussi libérateur.

– Geschichte/L’Histoire, jeudi 5 janvier à 20 h 45, au Théâtre des Quatre-saisons de Gradignan. Entrée : 8 à 24 euros (une place achetée, une place offerte).Billetterie au 05 56 89 98 23.
– Festival Présences 2012, 13 au 22 janvier, Théâtre du Chatelet, à Paris.
Ecouter aussi : l’émission de Lionel Esparza consacré à Strasnoy

Photo : o.Strasnoy©G.Vivien

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