GESCHICHTE DE STRASNOY : LE CONTE AUX PIEDS NUS

COMPTE-RENDU -Grinçante et barbante la musique contemporaine ? Le compositeur Oscar Strasnoy et les géniaux Neuevocalsolisten de Stuttgart nous ont prouvé le contraire jeudi soir. Dans « Geschichte » (créé en 2004 avec la même production qu’à Gradignan), les dialogues sont chantés a capella sur des lignes mélodiques courtes et rythmées, parfois par des monosyllabes. De cette manière, la diction et l’articulation se rapprochent énormément de la déclamation, faisant de « Geschichte » une partition à cheval entre opérette et pièce de théâtre. Evitant les cris stridents trop souvent entendus dans l’écriture contemporaine, Strasnoy glisse des extraits sonores d’opérettes viennoises et des références à Offenbach au sein de ses tonalités modernes. Mélange des genres également côté livret. Dans « Geschichte », l’Histoire intervient dans l’histoire personnelle de Witold Gombrowicz, auteur et personnage central de la pièce qui s’ouvre – un hommage probable à « Peter Grimes » de Britten – par une série de « Witold ! » chantés en alternance par les membres de la famille Gombrowicz. Adolescent de 17 ans, Witold ne veut pas grandir, si grandir signifie se conformer aux diktats moraux et sociaux de son clan. Il arrive pieds nus au souper familial : scandale et confrontation psychologique. Le poète défend la sensibilité, l’individualité et l’humanisme contre des figures de l’autorité (le père, le professeur, le Tsar), de la perversité (jusqu’à l’inceste et au viol collectif) ou du conformisme (la pseudo virilité militaire). La mise en scène gaie et crue de Titus Selge (et non de C. Dormoy comme nous l’écrivions dans notre édition du 5 janvier) est idéale. Oscar Strasnoy a l’humour et l’humilité de ceux dont la valeur n’est plus à prouver. Cela laisse présager du meilleur pour son futur opéra bordelais à l’automne 2012.
Jeudi 5 janvier au théâtre des Quatre-Saisons à Gradignan.

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