JORDI SAVALL : « LA PAIX EST UN ACTE QUOTIDIEN » arton173086 Full view

JORDI SAVALL : « LA PAIX EST UN ACTE QUOTIDIEN »

INTERVIEW – Endeuillé par la mort, en novembre 2011, de son épouse la soprano Montserrat Figueras, Jordi Savall poursuit inlassablement son travail de réconciliation des peuples par la musique ancienne. Au Rocher de Palmer, le gambiste catalan donnera un concert avec Dimitri Psonis, joueur de santour iranien (une cithare sur table dont on frappe les cordes) et le percussionniste Pedro Estevan. Le programme, construit autour du dialogue entre Orient et Occident, comprend des musiques de l’Italie médiévale, des danses anciennes de l’Afghanistan, de la Turquie ou de l’Empire Ottoman, ainsi que des improvisations d’inspiration berbère. Rencontre.
Comment est née l’idée d’un programme « Orient et Occident » ?
Jordi Savall : Cette réflexion a commencé lors de l’invasion de l’Afghanistan en 2001. Avec Montserrat, nous avons pensé qu’il était important de montrer les points communs entre l’Orient et l’Occident, la nécessité d’échanger et de partager. Nous avons invité des musiciens afghans, israëliens et turcs. Chacun participait avec son style et nous avons construit ensemble le répertoire des concerts et du disque sorti en 2006 («Orient-Occident», Alia Vox, NDLR).
Quel est le répertoire ?
C’est un programme qui se renouvelle sans cesse. Il est assez large puisqu’il intègre des musiques chrétiennes, musulmanes et juives. Les sources chrétiennes sont nombreuses : Manuscrit du roi du XIIe siècle, stampitte italiennes, musique des troubadours, etc. Pour les sources arabes, la tradition est orale à l’exception d’un manuscrit du XVIIe siècle de musiques jouées à la cour de l’Empire Ottoman, retranscrites grâce à une notation musicale inventée par un prince de Moldavie.
Tradition orale en Orient, tradition écrite en Occident : le rapport à la musique est-il différent ?
Aujourd’hui il est différent mais il ne l’était pas à l’époque ! En Occident – à l’exception des traditions populaires – nous avons perdu cette capacité à improviser. À l’époque ancienne les musiciens avaient bien sûr une base musicale mais l’improvisation tenait une grande place. Les manuscrits du Moyen Âge ne donnent par exemple qu’une seule strophe ou deux lignes de musique ! Pour Montserrat et moi-même ce fut une grande leçon que d’entendre ces musiciens orientaux.
Vous avez été désigné «artiste pour la Paix» par l’Unesco. Que signifie ce titre ?
Cela veut dire qu’en tant que musicien je dois utiliser le privilège que j’ai d’être en contact avec le public pour expliquer que la paix n’est pas une notion abstraite mais un acte quotidien. Chercher la paix c’est être à l’écoute, être sensible à la souffrance des autres. Pour la musique c’est essentiel. Nous le ferons au Rocher de Palmer. Nous avons des cultures différentes mais nous nous écoutons.
Ce concert est donné en hommage à Montserrat Figueras. Votre viole de gambe prendra-t-elle la ligne du chant ?
La viole de gambe ne peut pas remplacer le chant mais il est vrai que son timbre se rapproche le plus de la voix humaine. Le son de la viole vient d’un instrument, la voix vient du cœur. J’ai été formé au violoncelle et à mes débuts à la viole, j’utilisais encore cette technique de violoncelle. Montserrat me disait « n’appuie pas si fort ! Respire ! Vois comme je respire ! ». Elle avait déjà une vision très authentique de la musique. J’avais toujours quelqu’un qui me conseillait, un modèle.

Vendredi, 20 h 30, au Rocher de Palmer, à Cenon. 33 et 37 €. 05 56 74 80 00 – lerocherdepalmer.fr

Article paru dans Sud Ouest du 22 mars 2012.

Leave a comment