THIBAULT CAUVIN : RETOUR EN VIRTUOSE Tibo-11-C2-A9Nicolas-Pier-Morin Full view

THIBAULT CAUVIN : RETOUR EN VIRTUOSE

©Nicolas Pier Morin

INTERVIEW – Jeune prodige de la guitare, Thibault Cauvin a parcouru le monde et construit une solide carrière internationale. Il pose un instant ses valises. Thibault Cauvin se produira le 12 mai au Rocher de Palmer de Cenon, juste avant sa tournée en Indonésie…


Sud Ouest : Vous êtes de retour en France… Le mal du pays ?
Thibault Cauvin : J’ai eu cette chance, à 17 ans, de pouvoir faire une carrière à l’étranger. À la suite des concours que j’ai gagnés (pas moins de douze premiers prix, NDLR), on m’a invité à New-York, Hong-kong… Un rêve ! J’étais attiré par ces voyages. J’ai boudé la France, je dois l’avouer, peut-être parce que ce n’est pas le pays le plus ouvert à la guitare classique, contrairement aux États-Unis ou à l’Asie par exemple. Aujourd’hui je veux y remédier et mettre l’accent sur des concerts dans l’hexagone.

Vous semblez particulièrement à l’aise en Asie, où un DVD a même été réalisé autour de l’une de vos tournées (1). Pourquoi ?
J’y suis allé la première fois il y a six ans et j’y retourne chaque année. L’accueil fait à ma manière d’aborder la guitare est extraordinaire. La musique occidentale est nouvelle aux oreilles des spectateurs chinois, même la musique classique ! Il y a beaucoup de jeunes dans les salles, ce qui me réjouit et j’ai pu jouer à la télévision dans des émissions de musique actuelle, des équivalents de « Taratata » ici.

Votre style de guitare va au-delà des étiquettes. D’où prend-t-il racine ?
J’ai grandi entre deux mondes : l’un, très intellectuel, dans les classes de guitare classique au Conservatoire de Bordeaux puis de Paris. L’autre, celui de mon entourage familial, fait de musiques expérimentales et de jazz moderne (son père Philippe était guitariste du groupe bordelais Uppsala, NDLR). Je joue techniquement de manière classique mais je recherche des sonorités de la musique moderne, des influences nouvelles, souvent inspirées de mes voyages. J’essaye en effet de faire s’envoler les étiquettes. Mon but est de montrer que le classique peut toucher des jeunes et pas seulement des mélomanes avertis. Le classique peut être branché !

Gardez-vous de bons souvenirs de votre formation et de votre jeunesse à Bordeaux ?
Je suis un produit des Conservatoires de musique et leur grande exigence de travail. Mais j’ai réussi à la vivre avec détachement : je sais qu’il faut être le meilleur sinon on n’est rien, surtout dans le milieu de la guitare où il a peu d’élus. À la différence du violon ou du piano, nous n’avons pas notre place régulière dans les orchestres.
En contrepartie, il y a peu d’instruments qui soient autant déclinés, de la guitare électrique aux instruments du monde qui sont les cousins de la guitare. Quand à la ville, je réalise en y revenant récemment que je ne l’avais pas beaucoup fréquenté enfant… Je restais tout le temps à jouer ma guitare ! À présent, je prends beaucoup de plaisir à profiter d’elle et de la région. Après le concert de vendredi, j’aimerai faire un saut au Cap Ferret !

Vous réservez la sortie de votre cinquième disque au concert du Rocher de Palmer à Cenon, pourquoi ?
C’était important pour moi de saluer ma région d’origine. Ce disque est construit autour des villes qui m’ont marqué et que j’ai essayé d’illustrer en musique. Une composition de Piazzola pour Buenos Aires, de Paco di Lucía pour Grenade, de Nikita Koshkin pour Moscou… Et de mon père pour Bordeaux ! Certaines de ses partitions auront été écrites spécialement pour ce projet, par des amis compositeurs comme Sébastien Vachez. Le disque sera enregistré à Bordeaux chez mon parrain, Dani Marcombe, le fondateur de Post Image.

Sur scène, vous aimer interagir avec le public, même en anglais et en espagnol !
Chaque montée sur scène est un défi ! Je suis en effet très sensible à la salle, que ce soit pour jouer devant 150 personnes, comme prochainement à Beyrouth, ou pour 3000 spectateurs comme je l’ai fait une fois en Afrique ! Cette attitude de « petit rockeur » me vient d’avoir grandi en regardant mes parents et leurs amis sur scène. Pour toucher un public plus jeune, il faut aussi cela, comme les belles pochettes, le site web (2), facebook : ce sont les armes du moment.

Vous jouez une guitare classique, au son amplifié… Une spécialité bordelaise paraît-il ?
Elle est l’œuvre du luthier Jean-Luc Joie. Enfant, j’ai joué sur ses guitares et j’ai redécouvert son travail il y a trois ans. Un coup de foudre ! Il a effectivement ajouté un amplificateur révolutionnaire, invisible et très performant acoustiquement. C’est troublant : le son est plus ample mais il garde ses timbres, ses couleurs. La première fois que j’ai joué dessus je n’ai même pas soupçonné qu’il s’agissait d’une guitare amplifiée. Jean-Luc Joie n’avait que légèrement monté le son : je suis tombée dans le piège ! Depuis, je ne la quitte plus. Elle me permet de jouer devant de grandes salles, même à l’extérieur, tout gardant le contact avec les spectateurs.

(1) « Across China », un film de Pierre Morin. Disponible en DVD.
Samedi 12 mai, 20 h 30, Rocher Palmer, 1 rue Aristide-Briand. 10 €. 05 56 74 80 00.
Article paru dans Sud Ouest du 12 janvier

Leave a comment