SAINTES : UN P. H. JAMAIS NEUTRE

COMPTE-RENDU – Une direction savante, expérimentée, longuement maturée. Et pourtant Philippe Herreweghe n’a jamais paru si jeune ! Dimanche soir, avec le programme « In Guilty Night » qu’il avait enregistré en 1993, le Collegium Vocal Gent montre comment il sait se renouveler et approfondir le magnifique répertoire de Henry Purcell  pour Westminster. Les « Funeral Sentences » (« Man that is born of a woman ») sont subtiles de clarté et de rondeur. Les jeunes chanteurs ont mérité les applaudissements nourris des auditeurs : Grace Davidson, magnifique Sorcière de la Nuit coupable, Damien Guillon, décidément le chouchou de cette édition du Festival, et le ténor Thomas Hobbs. Les ornementations, les tempi et l’art du détail sont toujours au service de la compréhension de la musique, comme ce subtil diminuendo pour accompagner le cercueil de la reine Mary sortant de l’Abbaye. Le terrain était prêt pour la deuxième partie de soirée et le duo délicieux entre Ballaké Sissoko et Vincent Segal. A la fraicheur de la Kora, le violoncelle répond avec puissance et inventivité. Il ne doit plus rester d’exemplaires de leur disque à l’Abboutique ! Comparés à la virtuosité du Sextuor de cors dirigé par David Guerrier, servant valeureusement l’exigeante musique de Dauprat, les saxophones des Bli !ndman ont déçu. On a attendu en vain une explosion sonore dans laquelle électro, voix et sax se croiseraient. Quand au mix sorti des platines, il est bien pauvre et léger face à la magnificence vénitienne. Contre toute attente, la musique populaire française a prouvé avec Les Musiciens de Saint-Julien son éclat (la flute baroque de François Lazarevitch !), et sa profondeur (« Les Lavandières » de Augusta Holmès). Le temps fait bien les choses !
Article publié dans le journal Sud Ouest, édition de Saintes.

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