MANTRA, UNE EXPÉRIENCE MYSTIQUE À L’ABBAYE Neuburger-2B-25C2-25A9-2BCarole-2BBellaiche-2B-2B19_07_2012 Full view

MANTRA, UNE EXPÉRIENCE MYSTIQUE À L’ABBAYE

INTERVIEW – Le festival donne une rare occasion d’entendre un chef-d’œuvre « planant » de Stockhausen avec les pianistes Jean-François Heisser et Jean-Frédéric Neuburger.
Avant le concert donné ce soir à 22 h 30 en l’abbaye aux Dames, Jean-Frédéric Neuburger a bien voulu répondre aux questions de « Sud Ouest ».
« Sud Ouest ». Quelle est l’originalité de « Mantra » ?
Jean-François Neuburger. Il s’agit d’une des pièces les plus importantes de Karlheinz Stockhausen (1928-2007) associant deux pianos et un dispositif électroacoustique. Mantra mêle la richesse de ces deux mondes sonores. Le compositeur allemand en a eu l’idée lors d’un voyage en voiture au Japon. Il s’est inspiré de l’idée de mantra, formule rituelle de la culture indienne, de forme répétitive.
Pourtant, c’est moins cet aspect répétitif dont il est question qu’une idée d’unité avec un refrain mélodique joué de manière différente. D’un seul motif, il naît beaucoup de richesse, à l’image des « Variations Diabelli » de Beethoven.

Peut-on relier Mantra aux minimalistes américains comme Steve Reich, John Cage ou Philip Glass ?

J.F.N. : On pourrait le supposer vu l’idée de répétition contenue dans le mot « mantra » (la musique minimaliste est aussi appelée répétitive, NDLR) et aussi par le fait que Stockhausen a connu John Cage. Pourtant, le style de Mantra est beaucoup plus polyphonique que rythmique. L’œuvre est « planante », comme peut l’être un morceau de Beethoven. L’image de Stockhausen comme étant le compositeur d’une musique agressive et difficile à comprendre ne convient pas avec cette œuvre. Elle date du milieu de sa carrière, celle du retour à la simplicité, à l’épure.
Comment se répartissent les rôles entre les interprètes ?
J.F.N. : Outre les deux pianistes, l’œuvre nécessite d’avoir un ingénieur du son pour moduler le volume des pianos en fonction de tel ou tel passage. Composée en 1970, la partition n’implique pas une électro-acoustique de pointe mais elle ne précise pas tout. L’ingénieur du son a donc un vrai rôle d’interprétation. Le travail des pianistes est également plus complexe qu’habituellement. Jean-François Heisser et moi, nous jouerons aussi des crotales, sortes de cloches réparties sur le piano, et des wood-blocks, percussions posées sur le côté. Nous aurons également des ordinateurs près de nous pour régler le degré de transformation du son, légèrement amplifié.

L’œuvre est-elle difficile à jouer ?
J.F.N. : Pas plus qu’une autre… si ce n’est qu’elle dure plus d’une heure d’un seul tenant et que les deux pianistes jouent en continu ! Même la sonate la plus longue écrite par Beethoven – la Hammerklavier – n’est pas aussi exigeante en termes de concentration !
Jeudi 19 juillet, à 22 h 30, à l’abbaye aux Dames. Renseignements au 05 46 97 48 48.
Photo©Carole Bellaiche

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