Le classique est-il pour les sado-maso ?

CD – Je vous ai fait bondir avec ce titre? N’en doutez pas: il faut être un peu masochiste pour écouter 10 heures de Wagner en un week-end et un peu sadique pour vouloir vous persuader que la musique minimaliste est géniale. Mais ce n’est pas là mon sujet mais la compilation « Fifty Shades of Grey – The classical album ». 
Ce nom a dû venir à vos oreilles avec le sous-titre « le porno pour les mamans », alias « Cinquante nuances de Grey » en français, livre qui a déjà atteint tous les records de vente. Ce roman de E. L. James raconte l’apprentissage d’une vierge de 21 ans tombée dans les beaux draps d’un dandy old school adepte du sado-masochisme et qui a le mérite d’aimer… la musique classique! Je n’ai pas encore lu ce best-seller mais j’ai reçu le disque des musiques qui ponctuent le récit, sélectionnées par l’auteur.
À première vue, c’est une compilation intéressante qui ne nous redonne pas les sempiternelles « Concerto pour clarinette » de Mozart, et autre « Adagio » de Barber, les morceaux archi-connus du classique. Certes, on nous sert quand même un « Canon » de Pachelbel, une Variation Goldberg et un  « Concerto pour piano n°2 » de Rachmaninov mais on y trouve aussi un prélude de Debussy, un motet de Thomas Tallis et un chant d’Auvergne de Canteloube… De plus, la maison de disque propose d’excellents interprètes, certains connus (Alexis Weissenberg, Simon Rattle, Alexandre Tharaud, Barbara Hendricks), d’autres plus rares (Maria Tipo ou Dame Moura Lympany).

Mais le plus drôle est évidemment de prendre cette liste de beaux, voire très beaux morceaux, et de se demander à quelle scène érotique il ont pu bien servir de fond sonore. Jouons.
– Le « Duo des fleurs » de Delibes, un magnifique duo de femmes, se prête, il est vrai, à beaucoup de sensualité. 
– Le prélude opus 28, n°4 de Chopin est – surtout dans cette version de Samson François – une belle illustration d’intelligence froide et peu sentimentale.
– « Spem in alium », motet à 40 voix de de Thomas Tallis, compositeur de l’époque du roi Henri VIII d’Angleterre (on voit son personnage dans la première saison de la série TV « Les Tudors », ndrl), est le morceau de la première nuit des deux héros, et, il faut dire une pure merveille. Le titre a fait une fulgurante ascension dans les charts britanniques de musique classique.

– La Traviata? Pas difficile à associer… 
– Le Baïlero des Chants d’Auvergne de Canteloube, est pour moi – excusez ma franchise – le top du cul-cul. Une virginité pastorale disons.
–  Concerto en ré mineur de Bach… c’est plus difficile. Il faut regarder l’interprète, Alexandre Tharaud, et vous avez la réponse : le thème du Dandy!
– Le choeur d’enfants extrait du Requiem de Fauré. No comment.
– L’aria des Variations Goldberg : pour les préliminaires.
Par contre, cette compilation érotique se termine par « Jesus que ma joie demeure » (Cantate BWV 147 de Bach) et là, je dis… coïtus interruptus. 
  
Fifty Shades of Grey, the classical album. 10 et 13 € environ. EMI.

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