Un moment crucial pour l’ONBA

PORTRAIT – Rencontre avec le nouveau manageur de production de l’Orchestre.

« J’espère que le nouvel auditorium permettra à des gens qui ne connaissent pas la musique d’éprouver ce que j’ai ressenti en découvrant l’opéra », confie François Kson, le nouveau manageur de production – jadis on disait « intendant » – de l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine.

François Kson, 35 ans, a pris place en septembre dans la grande maison de l’Opéra de Bordeaux et assure, à la tête d’une équipe de huit personnes, la gestion quotidienne de l’Orchestre et donc du bon déroulement des concerts. Formé à la philosophie et diplômé en « administration du spectacle vivant », il a découvert la musique classique assez tard, à Rennes où vit la famille Kson (qui a décidé qu’on prononcerait leur patronyme comme « klaxon »).

« On m’a proposé d’être figurant à l’opéra de Rennes, où je n’avais jamais mis les pieds. Je me suis retrouvé valet dans la maison de Flora dans La Traviata de Verdi… Une expérience magique. Pour moi, l’opéra est un art qui donne des émotions de manière aussi simple qu’au cinéma. Assister à un concert d’orchestre donne des sensations physiques qu’on n’éprouve pas en écoutant la radio ou un disque. Le nouvel auditorium de Bordeaux est une chance pour les non-mélomanes de faire cette expérience, de se laisser convaincre par la musique. Surtout que de mon point de vue, les proportions de la salle donnent un sentiment d’intimité entre les spectateurs et l’orchestre. »

En prenant la relève d’Alain Roche parti en retraite, François Kson arrive en effet à un moment crucial pour l’orchestre et la vie musicale bordelaise, qui vont enfin avoir une salle dédiée à la musique. « D’un point de vie très pragmatique, les musiciens et l’administration seront enfin réunis, ce qui va forcément faciliter les échanges au quotidien. »

« Jamais dans les clous »
Car l’équipe de François Kson doit penser à tout avant et après chaque concert de l’ONBA : la préparation des partitions par les bibliothécaires spécialisés, l’organisation du travail d’une centaine de musiciens permanents et d’éventuels complémentaires, des déplacements de la phalange en région ou au delà (l’ONBA prépare actuellement son passage aux Chorégies d’Orange en août prochain), l’écriture des contrats, en passant par la préparation de la scène avec chaises, instruments et pupitres !

« Quand tout est normal, s’amuse François Kson, chacun est autonome dans sa fonction… Sauf que cela ne rentre presque jamais parfaitement dans les clous et qu’il faut souvent s’adapter, trancher, décider, prioriser, etc. »

Dès janvier, l’ONBA ne sera plus tiraillé entre un Palais des sports à l’acoustique critiquable et un Grand-Théâtre pas si grand que cela ! Certaines pièces du répertoire pourront enfin être jouées dans les bonnes conditions, dans un lieu stable : « le vrai enjeu est là. L’orchestre ne va plus utiliser une salle mais y vivre. Il faudra trouver nos marques, que chacun prenne sa place. En plus d’y organiser les répétitions et les concerts dans la grande salle, il faudra veiller aux à-côtés (expositions, concerts d’ensembles invités, concerts de jazz dans la petite salle, etc.). De plus, la composition de l’Orchestre se renouvelle suite à de nombreux départs en retraite et nous aurons l’année prochaine un nouveau chef. C’est un tournant pour l’ONBA. »

Article paru dans Sud Ouest. Photo : Guillaume Bonnaud

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