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Baptiste Trotignon, du jazz à l’orchestre

INTERVIEW – Pianiste jazz, Baptiste Trotignon compose aussi pour orchestre. Création jeudi, à Bordeaux, de son concerto par le pianiste Nicholas Angelich. Rencontre.

Certains rêvent d’en finir avec les cases et les étiquettes. Le pianiste jazz Baptiste Trotignon est de ceux-là, las d’opposer la musique classique aux autres jugées « non-sérieuses ». Écrit pour l’orchestre, « Different spaces », est une commande de l’Opéra de Bordeaux, à entendre dans le cadre des festivals L’Esprit du piano et Novart. Le soliste Nicholas Angelich et l’ONBA seront dirigés par Rory MacDonald. Rencontre avec le compositeur.

 Sud Ouest : Quelles ont été vos sources d’inspiration pour l’écriture de ce concerto ?

Baptiste Trotignon. Pas les minimalistes américains, contrairement à ce que le titre pourrait évoquer (allusion à « Different trains » de Steve Reich, NDLR). Le jazz non plus ! Même si l’on pourra trouver des éléments de langage issus du jazz, l’écriture pour orchestre est une culture très différente, une conception du tempo, du rythme, qui n’a rien d’approchant avec les racines afro-américaines du jazz. On ne peut imaginer un orchestre swinguer !

Vous avez choisi Nicholas Angelich pour créer ce concerto. Pourquoi ?

Nicholas Angelich a une capacité sonore que je ne pratique pas et je ne voulais pas me limiter dans l’écriture. Sans compter qu’il faut une expérience de la musique écrite et de la relation à l’orchestre. À sa place, j’aurais du mal à ne pas improviser ! Paradoxalement, ce qui me plaît, c’est la capacité de Nicholas à faire sonner la musique comme si elle était improvisée, celle de Bach ou de Chopin par exemple. Sur le moment, on a la sensation que la musique sort de lui.

Pourquoi vous lancer dans cette aventure ?

J’avais envie de fabriquer un objet, par opposition à l’acte d’improvisation, éphémère par essence, qui est au cœur de mon travail au piano. Voilà pourquoi il n’était pas question pour moi d’être le soliste de ce concerto. Je ne suis pas le seul à passer ainsi du jazz au classique. Le trompettiste Ibrahim Maalouf a écrit récemment un Concerto pour trompette et chœur d’enfants. Les outils ne sont pas différents : que ce soit pour une chanson ou un concerto, la mélodie s’écrit toujours avec un piano, du papier et un crayon. Pour le reste je n’ai pas fait appel à un orchestrateur : j’avais justement envie de travailler cette matière-là. L’ordinateur et l’accès facile aux partitions permettent d’apprendre plus vite la technique d’écriture pour l’orchestre. J’ai hâte de voir ce que cela donne. L’expérience d’entendre sa propre musique depuis la chaise du spectateur sera forcément passionnante.

Avec des œuvres de Stravinski et Haydn, jeudi 15 et vendredi 16 à 20 heures, au Grand-Théâtre de Bordeaux. 8 à 35 €. 05 56 00 85 95 – opera-bordeaux.com

Photo © Franz Galo
Article paru dans Sud Ouest du 14 novembre 2012.

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