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Alexandre Tharaud, pile ou face

COMPTE-RENDU- Le pianiste débute une série de récitals consacrés au romantisme allemand. Il signe une transcription interessante de l’Adagietto de la 5e symphonie de Mahler. 

Retour aux choses sérieuses ? Alexandre Tharaud entamait mardi 15 janvier à Mérignac (33) une série de concerts autour des compositeurs romantiques allemands qui l’amènera aux cinq coins de la France. Voilà qui a de quoi surprendre alors que le pianiste a sorti tout récemment un disque souriant évoquant l’ambiance du « Boeuf sur le toit » et ce début du XXe siècle, où le jazz fricotait avec le classique et où l’on aimait à détourner les grands compositeurs. Alexandre Tharaud est ainsi : un côté pile, celui d’un dandy sautillant, flirtant avec Satie et Barbara, et un côté face, celui du pianiste studieux interprétant Scarlatti, Couperin et Bach avec minutie et analyse. Celui qui intervient durant cette tournée, qui fera étape au Théâtre des Champs-Elysées, est assurément ce dernier. Son programme se compose des œuvres qui évoquent la jeunesse et la fougue : les « Scènes d’enfants » de Robert Schumann, la Sonate n°23 opus 57 dite « Appassionata » de Beethoven, et neuf des « Pièces lyriques » qu’Edward Grieg composa entre 1867 et 1901. Parfait écho aux Scènes d’enfant, elles évoquent des petites scénettes et se nomment « Papillon », « Son de cloches » ou encore « Jour de noces ». Chose inédite, Alexandre Tharaud donne aussi l’Adagietto de la Symphonie n°5 de Gustav Mahler (choisi par Visconti pour illustrer le film « Mort à Venise ») transcrite par ses soins pour piano seul.

Piano écolo
Alexandre Tharaud est décidemment le pianiste écologique ! Avec neuf des nombreuses « Pièces lyriques » d’Edward Grieg et les « Scènes d’enfants » de Robert Schumann, et même avec ses bis (le « Tic-Toc Choc » de Couperin, la « Valse en la mineur » de Chopin, du Scarlatti), le pianiste prouve que la miniature est son terrain de jeux favori. Son doigté est délicat, à peine posé sur le clavier. Il ne semble y avoir aucune tension inutile, aucune force. Les sonorités produites par Alexandre Tharaud sont un summum d’économie d’énergie, mais pas d’intention. Tout appelle à une écoute sensible, attentive à la moindre note, l’oreille à l’affut, ce qui est parfois difficile quand les éclairages de la salle imitent une cascade métallique et que les auditeurs malades ne sont pas restés chez eux… Rien de grave: on reste en apesanteur après une première partie aux sentiments filtrés et aux images touchantes comme le « Son des cloches » de Grieg. La deuxième partie demande plus de travail au pianiste. Dans sa propre transcription de l’Adagietto de la Symphonie n°5 de Gustav Mahler, il lui faut évoquer le doux frémissement des violons avec une seule note, un peu de pédale et toute la résonance du piano… belle trouvaille et une belle pièce qui sait, au final, faire oublier l’orchestre. La technique sotto voce de Tharaud trouve par contre ses limites dans la Sonate n°23 opus 57 dite « Appassionata » de Beethoven, qui manque de corps et d’épaisseur, une fois que les délicats chromatismes aient été si bien développés.

Mardi 15 janvier, 20 h 30, Pin Galant. 8 à 35 €. 05 56 97 82 82.
Mardi 26 mars à 20 h au Théâtre des Champs-Elysées, à Paris. 5 à 65 €.
Photo © Mathieu Borggreve

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