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Gilles Cantagrel : « Bienvenue chez les Bach ! »

INTERVIEW – Spécialiste de Johann-Sebastian Bach et auteur de plusieurs ouvrages de référence, Gilles Cantagrel a imaginé « Bach dans l’intimité » un spectacle donné près de Bordeaux. Avec l’ensemble Sagittarius et son chef Michel Laplénie, il raconte la vie intime de la famille Bach autour du Petit-Livre d’Anna-Magdalena Bach.

Bach en famille… mais de quels Bach parlez-vous ?
G.C : Il est vrai que la famille Bach est une énorme famille qui a rayonné dans la musique sur deux ou trois siècles. Je me suis concentré sur Johann-Sebastian Bach et sa seconde épouse, Anna-Magdalena. Le cantor a souvent une image de vieux bonhomme qui tutoie le bon Dieu et qui écrit cantate sur cantate. Ce n’est pas ça du tout ! En rassemblant les témoignages autour de sa vie privée, on découvre un homme affable fumant la pipe, aimant manger et boire ! Il s’inquiète pour la santé de ses enfants et offre à ses amis des conversations édifiantes… des informations qui seraient obsolètes sans la musique…

Que renferme le Petit-Livre d’Anna Magdalena ?
G.C. : C’est un cahier de musique que Johann-Sebastian offre à sa femme. Anna-Magdalena y note les airs qu’elle aime, les premiers essais de composition des enfants, des œuvres d’amis appréciées de la famille, etc. Georg Philip Telemann était un grand ami des Bach et le parrain d’un de ses fils, Carl Philip Emmanuel. C’est dans ce livre qu’est inscrit l’air « Bist du bei mir », qui a longtemps été attribué à Bach alors qu’il s’agit d’une œuvre de G. H. Stölzel. Anna-Magdalena va écrire sur son petit livre pendant vingt ans. Il s’agit finalement du journal de bord de la famille Bach. Avec l’ensemble Sagittarius (quatre chanteurs, le claveciniste Aurélien Delage et la gambiste Julia Griffin, ndrl), nous avons fait le choix de pièces vocales avec une ou plusieurs voix, comme cela pouvait se passer à la maison.

Qui était Anna-Magdalena Bach ?
G.C. : Elle a vingt ans quand elle épouse Johann-Sebastian qui en a trente-six. Il a déjà eu sept enfants dont quatre ont survécu et qu’elle élèvera avec les siens. Il s’agit d’un mariage d’amour : elle est une grand cantatrice, une prima donna, financièrement indépendante.

J.S. Bach était-il tendre envers les ambitions musicales de ses enfants ?
G.C. : A cette époque et dans cette Allemagne luthérienne, quand le père est musicien, les enfants sont fortement poussés vers cette profession. Il a enseigné la musique aux quatre garçons (Wilhelm Friedemann, Carl Philip Emmanuel, Johann Christoph Friedrich et Johann Christian) et les quatre sont devenus de grands compositeurs. Ils aidaient leur père en recopiant ses œuvres (pas de photocopieuse alors!), une activité très formatrice. On ne sait rien des filles, dévouées à des fonctions plus domestiques probablement, et c’est dommage car certaines étaient peut-être des génies.

Peut-on parler d’un style commun aux œuvres du père et des fils ?
G.C. : Il y a certainement un goût commun. La musique de Johann-Sebastian fait la synthèse des idiomes, de son temps, une sorte d’espéranto de la musique. À la fin de sa vie, on ne peut distinguer dans son langage musical ce qui vient de la Flandre, l’Italie, la France.

 

Le dimanche 13 novembre 2016 à 16h, Théâtre Cravey, La-Test-de-Buch. 05 57 73 69 20. 9, 12 et 15 €.

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