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Nikolaï Lugansky : piano missionnaire

CONCERT – Le pianiste russe Nikolaï Lugansky, spécialiste de Rachmaninov donne un récital demain à Bordeaux avec la Sonate n° 1.
C’est l’apanage des grands musiciens que de savoir composer des programmes intenses et équilibrés. Nikolaï Lugansky, né et formé à Moscou, ne pouvait que construire le sien autour de Sergeï Rachmaninov (1973 – 1943), un compositeur que le pianiste a choisi de défendre, et défend particulièrement bien ! Sa discographie est une référence en la matière.
Pourquoi un tel attachement ? « C’est un peu comme me demander pourquoi je suis amoureux de cette femme, ça ne s’explique pas, rétorque le pianiste. Je me sens investi d’une mission, même si l’expression peut paraître grandiloquente. lI me semble que je dois jouer cette musique en Europe pour démontrer à quel point Rachmaninov est le plus grand génie de la musique russe. Il était à la fois un grand compositeur, un pianiste extraordinaire et une belle personnalité. Sa biographie n’est pas vraiment romantique ! Il a beaucoup souffert pour réussir, devenir riche, mais cette richesse, il l’a distribuée pour soutenir beaucoup d’amis et de connaissances. »
Exigence et modernité
Avec son piano comme bâton de pèlerin, Lugansky n’a pas choisi la facilité : la Sonate n°1 de Rachmaninov. Moins connue que sa petite sœur la Sonate n°2, la pièce est d’une telle exigence, d’une telle modernité, qu’elle fut accueillie avec distance à sa création.
Les mélomanes d’aujourd’hui sont heureusement plus aguerris que ceux du début du XXe siècle. « On peut rapprocher cette sonate de la Faust-Symphonie de Liszt, analyse Lugansky, car elle évoque le « Faust » de Goethe… Sauf qu’à la différence d’un Liszt philosophe et passionné, le Faust de Rachmaninov, un homme très croyant, termine en enfer ! »
Aux côtés de Rachmaninov, Nicolaï Lugansky a choisi Janácek et Schubert, ce qui, à première vue, pourrait plonger ce récital dans un univers morose : La Suite de Leoš Janácek ne s’intitule-t-elle pas « Dans les brumes » ? Sans parler de Franz Schubert, dont Nicolaï Lugansky interprétera les fameux quatre impromptus, qui traînent une réputation de romantique angoissé et désolé.
« Cette musique est émotive, intime, mais pour moi Schubert est un naïf, dans un sens positif, défend le pianiste. Il est comme un enfant qui ressent beaucoup plus que ce qu’il ne peut comprendre ou appréhender. » Lugansky ne rapproche pas ces deux œuvres par hasard : « Dans les brumes » est construite en quatre parties et évoque une ambiance flottante et impressionniste proche d’un Debussy. « En abordant les impromptus comme une suite en quatre pièces, on ressent combien Schubert bouscule le sentiment du temps qui passe. »

Mercredi 6 février, 20 heures, Auditorium, 9 cours G. Clemenceau. 8 à 40 €. 05 56 00 85 95.
Photo © Marco Borggreve
Article publié dans Sud Ouest du 5 février 2013

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