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Ne tirez pas sur le pianiste

PORTRAIT – Star internationale, Lang Lang est regardé avec méfiance par les mélomanes français. Il donne un récital à l’auditorium de Bordeaux.
Il ne se lasse pas de raconter l’histoire de sa vocation. A l’âge de deux ans, le pianiste chinois Lang Lang a regardé « Tom et Jerry » à la télévision, dans l’épisode où Tom joue la rhapsodie hongroise n°2 de Liszt. Il est tombé amoureux du piano – un jeu pour lui – et aussi du décorum qui va avec le classique : le smoking et le noeud papillon de Tom.
Devenu star planétaire, Lang Lang est un curieux mélange de pianiste virtuose éduqué avec la rigueur chinoise, d’adolescent jovial et blagueur (capable de donner un bis pianoté sur un i-Pad), d’une pop star troquant le smoking pour des costumes brillants, et d’un businessman averti qui vend son image aux plus grandes marques (il s’est associé cette semaine à une grande société d’assurance).
Devant son piano, le visage de Lang Lang affiche ses passions… au delà de ce que le décorum semble tolérer. Il aime le « show » et en joue afin d’amener de nouveaux publics vers la musique savante, sa mission personnelle. « Je suis très optimiste quant à la place du classique dans le monde musical, expliquait-il solennellement au dernier Midem, la grande réunion des professionnels de la musique, à Cannes fin janvier. «  Nous sommes dans un moment particulièrement opportun pour toucher de nouveaux publics, grâce aux médias sociaux ». Lang Lang est le premier à s’en servir : ses fans peuvent le suivre à la trace via Facebook, Twitter, etc. À ses dépends parfois : quand il se dit malade, annule des concerts, mais se rend néanmoins à la tribune du Midem, les fans crient au scandale !
Adoré… et pourtant Lang Lang agace ! Pour toutes ces raisons, les critiques – notamment françaises – ont mis plusieurs années à reconsidérer le jeune homme né en 1982 comme un artiste et non un phénomène de foire. Son nom est absent des colonnes du Monde, et Le Figaro analysera longtemps « le phénomène Lang Lang » sans cacher ses réticences envers son style jugé brutal. Jusqu’à une écoute à l’aveugle sur France Musique où « la Tribune des critiques de disques » élit la version du pianiste chinois.
Chopin et Mozart : deux compositeurs qui appellent une grande intériorité et permettent à Lang Lang de montrer qu’il a muri. Pour le récital bordelais et pour son double, salle Pleyel à Paris deux jours plus tard, le pianiste jouera trois Sonates de Wolfgang Amadeus et quatre Ballades de Frédéric. Faudra-t-il fermer les yeux ?
Mercredi 13 février, 20 h, Auditorium, 9 cours G. Clemenceau. 8 à 85 €. 05 56 00 85 95. Complet.
Samedi 16, salle Pleyel.
Photo © Peter Honemann

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