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CD : deux Mozart, si loin si proche

CD – Deux disques consacrés à Mozart nous arrivent cette semaine. Un même compositeur, voire une même oeuvre et pourtant, ils n’ont -presque- rien à voir !

En résidence au Centre culturel de rencontres d’Ambronay, Leonardo Garcia Alarcón s’était lancé lors du festival 2012 dans l’interprétation de deux des plus fameuses oeuvres de W.A. Mozart : le Concerto pour clarinette et le Requiem. Il s’est entouré de l’excellent choeur de chambre de Namur, du clarinettiste belge Benjamin Dieltjens, clarinette solo de l’Orchestre philharmonique des Flandres, et du jeune New Century Baroque.

Pour ce Requiem, dont on connait les conditions particulières d’écriture, le chef baroque est parti de la version de Franz Beyer (révisée en 2005) et celle de Richard Maundet (1986) plutôt que celle de Süssmayr. Alarcón veut croire que l’élève de Mozart n’a pas eu le temps – pressé par Constanze Mozart d’honorer la commande – de donner à ce Requiem toute la polyphonie souhaitée. Alarcón a pris, lui, le temps et le soin de choisir dans toutes les versions la combinaison qui lui sied. Finalement, l’important est là : un disque brillant, énergique et puissant comme on l’attend de ce Requiem. Il intimide, il secoue, il pousse à l’introspection, pari gagné.

Réjouissons-nous de cette capacité qu’ont de jeunes chefs à nous faire ré-entendre Mozart sur instruments d’époque : Leonardo Garcia Alarcón comme Jérémie Rhorer en ce moment avec le Don Juan aux Théâtre des Champs-Elysées (retransmission sur France Musique le 4 mai dans la Soirée Lyrique de Judith Chaine). A noter également : France Musique consacre la journée du 16 mai à Leonardo Garcia Alarcón.

Sa version du Concerto ne m’a, par contre, pas convaincue à cause peut-être d’une ligne musicale parfois trop en dents de scie. Les instruments d’époque seraient-ils trop frais pour permettre une grande unité de couleur indispensable – me semble-t-il – dans cette oeuvre? Et aussi, des bruits parasites dans l’enregistrement  (micros trop proches des instruments ?) ont perturbé mon écoute (Rondo, 4e minute environ).

Pour le Concerto, je préfère une version « classique » qui vient de nous arriver : « Mozart, Concerto et quintet for clarinet » avec Romain Guyot et le Chamber Orchestra of Europe (Mirare). Romain Guyot est un musicien discret au disque et c’est une bonne idéé qu’à eu Mirare de lui donner carte blanche. Il utilise une réplique moderne de la clarinette « à basset » que Mozart avait en tête au moment d’écrire (les explications détaillées sont dans le livret disponible ici). Sa clarinette est souple, sobre, humble, à l’image de la pochette où il apparaît pieds nus, la tête inclinée devant sa clarinette… un vraie image méditative!

L’écoute de tout le disque prouve sa maîtrise et son intime entente avec la musique de Mozart. Il n’en fait pas des tonnes dans le Concerto pour clarinette, « the tube », et laisse la beauté de la musique voler de ses propres ailes, refrénant les élans grandiloquents, sans traîner. Les émotions sont plus fortes bien qu’intérieures dans le Quintette en la majeur K.581. On frémit dans l’Allegro tant il sait conduire son phrasé et dialoguer avec le quatuor des musiciens du Chamber Orchestra of Europe : Lorenza Borrani et Mars Zetterqvist aux violons, Pascal Siffert à l’alto et Richard Lester au violoncelle. Ils ont eu l’intelligence de lire cette musique de chambre en se souvenant des opéras de Mozart. Les instruments dialoguent comme des personnages de Così fan Tutte.

 

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