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Tedi Papavrami : la construction d’un virtuose

PORTRAIT – Dans son autobiographie « Fugue pour violon seul », le violoniste Tedi Papavrami racontait son étonnant parcours, celui d’un musicien surdoué et cultivé fuyant l’Albanie communiste. Le violoniste est le 27 février 2015 en concert à la Fondation Louis Vuitton. 
« Tu serais prêt à sacrifier tous ces gens en Albanie, pour toi et le violon » ? Concentrée autour de la question posée par son père Robert, la vie du violoniste Tedi Papavrami réunit à la fois le drame, l’amitié et avant tout l’amour de la musique. Il la raconte dans « Fugue pour violon seul » (Robert Laffont), un texte qui captive tant par la sensibilité littéraire de son auteur – qui est aussi le traducteur de l’écrivain Ismail Kadaré – que par l’originalité de son destin.
Né en 1971 dans une Albanie aussi fermée à l’époque que la Corée du Nord aujourd’hui, le jeune Tedi apprend à faire du violon un compagnon, un ami fidèle et plus tard un passeport pour la liberté. « L’Albanie était si coupée du monde, se souvient Tedi Papavrami, ce monde que j’imaginais très vaste, je ne pouvais que le rêver. Pour la jeune star du violon albanais et son père, grand pédagogue admiré dans son pays, quitter le totalitarisme, partir à l’Ouest, est un acte politique violent. Et une menace de représailles pour la famille restée en Albanie. En 1986, Tedi et ses parents obtiennent l’asile politique en France. leur famille est arrêtée et internée.
Cette histoire n’est pas inconnue des lecteurs de Sud-Ouest puisque c’est dans notre région que la famille Papavrami trouve refuge. Dans le jeu de cache-cache avec les autorités albanaises, Robert, Yolanda et Tedi reçoivent l’aide d’amis comme la bordelaise et mélomane Micheline Banzet-Lawton, pilier du « mai musical » à Bordeaux. Cette ancienne violoniste au tempérament dynamique devient naturellement la protectrice de Tedi. Il rencontre chez elle le grand violoniste Isaac Stern et découvre ses quelques « 5000 disques dont le Concerto de Mozart par Nathan Milstein, un enregistrement difficile à trouver ». La région bordelaise lui apporte « bien-être et réconfort pour la première fois dans ce pays », écrit Tedi Papavrami. Si Paris est le lieu du travail acharné au Conservatoire National Supérieur de Musique, Bordeaux et le Médoc, sa nature et son vin, sont les vrais lieux de liberté. « C’est la première fois que j’ai eu le sentiment de retrouver des sensations anesthésiées par Paris », se souvient-il.
Au delà de l’Histoire, « Fugue pour violon seul » est avant tout le récit de la construction d’un violoniste, d’une personnalité. « Mon histoire est particulièrement riche en rebondissements, commente le violoniste-écrivain, mais j’aurais pu nourrir une sensibilité incroyable sans être passé par là ou avoir vécu tout cela en manquant d’une fibre pour le ressentir ». Il ne cache pas ses sentiments face aux méthodes de travail strictes dictées par son père : si enfant il invente des subterfuges pour se soustraire à la « méthode Papavrami » – consistant à former les jeunes violonistes dès deux-trois ans, avec trois heures de violon tous les jours – Tedi soutient aujourd’hui que « toutes les écoles qui ont produit des grands violonistes ont fait ça ». Fondée en 1988 à Gradignan par Robert Papavrami, le Centre Pierre-Rhode avait bâti sa réputation sur le succès de Tedi comme sur la personnalité charismatique de son père, exigeant et sévère, dont les méthodes furent – plus tard – contestées. Le Centre fut fermé en 2008 suite à une décision de justice.
Professeur à la Haute école de musique de Genève depuis 2008, Tedi Papavrami juge, comme d’autres, que le système d’enseignement de la musique en France n’est pas adapté à l’émergence de grands virtuoses. Virtuose, Tedi Papavrami l’est sans nul doute : sur scène sa stature, son sérieux, la précision de son geste impressionnent mais peinent à émouvoir diront certains. Car finalement, jusqu’où la formation et le parcours transforment un homme ? Comme l’écrit Tedi Papavrami : « Ce qu’on a de plus intime dans sa personnalité, peut-on le modeler ? »
FOCUS : A lire en En numérique ?
« Fugue pour violon seul » (Robert Laffont) est un récit intimement lié à la musique mais comment concilier lecture et écoute ? Les nouvelles méthodes d’édition viennent répondre à ce dilemme. La version numérique du livre pour liseuses électroniques et tablettes permet de clore la lecture de chaque chapitre par l’écoute d’un morceau de Paganini ou Bach interprété par l’auteur, Tedi Papvarami. Le lecteur de la version papier peut lui aussi ouvrir une page internet à l’aide d’un flash code pour écouter ces extraits. Le summum consistant à acquérir le coffret de 6 cds (Zig-Zag Territoires) sorti en même temps que le livre.

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