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Zhu Xiao-Mei : « la musique classique donne le moral »

INTERVIEW – La pianiste chinoise, qui a vécu l’enfer des camps de Mao pour avoir joué la musique occidentale, donne un récital dans l’ancienne prison pour femmes de Cadillac.

Couperin, Bach, Scarlatti et Mozart : quel est le fil conducteur de votre programme ?

Zhu Xiao-Mei : J’ai composé ce programme autour d’un thème simple : « Soyez heureux ! ». J’ai choisi des Partitas de Johann-Sebastian Bach que je trouve très gaies, les Variations que Mozart a composées sur « A vous dirais-je maman », un thème enfantin, joyeux, et des œuvres de François Couperin car elles sont liées à J.-S. Bach par une histoire qui me touche : orphelin à dix ans, J.-S. Bach a été recueilli par son frère qui lui a interdit l’accès à certaines partitions. Bach recopie alors en cachette les œuvres de Couperin, notamment. Lorsque j’étais internée dans un camp de travail (à cause de ses origines bourgeoises et pour avoir joué la musique occidentale pendant la Révolution culturelle chinoise, NDLR), j’ai moi-même recopié en cachette le « Clavier bien tempéré » de Bach.

Vous allez jouer au château de Cadillac, qui fut jadis une prison pour femmes…

Zhu Xiao-Mei : C’est vrai ? Je ne savais pas… C’est incroyable… Forcément cela résonne avec mon histoire, même si moi j’ai été emprisonnée alors que je n’avais rien fait de mal. J’ai déjà joué dans une prison, à Bergerac, les « Variations Goldberg » de Bach. Ce fut un moment très fort, les auditeurs voulaient entendre toutes les Variations alors que je n’avais prévu d’en faire que quelques-unes ! La musique est très importante pour les gens un peu perdus, privés de liberté, de « privilèges », même si en France les prisonniers ont accès à la culture, aux livres, au sport… Je penserai à eux quand je jouerai samedi.

Qu’apporte la musique selon vous, qui en avez été privée ?

Zhu Xiao-Mei : C’est essentiel, comme la nourriture ! La musique classique donne le moral. Bien sûr, au début c’est un peu difficile, un peu abstrait mais rapidement on va sentir l’équilibre, la sensibilité qu’apporte cette musique. Je suis quelqu’un de pessimiste et j’ai toujours peur que la musique classique disparaisse, notamment avec la crise du disque. Aux États-Unis, il n’y a plus de disquaires !

Il faut continuer pour les jeunes, pour qu’ils découvrent cette musique. Il arrivera un temps où les gens seront fatigués de cette agitation et chercheront autre chose. Contrairement à d’autres, je ne veux pas que les gens sortent excités de mes concerts. Je veux qu’ils sortent émus, silencieux, un peu comme après une méditation.

Samedi 22 juin, 20 h 30, Château de Cadillac. 14 € et 18, 50 €. 05 56 62 69 58.
Photo © Julien Mignot

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