Compte-rendu : festival de Saintes, la chaleur monte

FESTIVAL – Le thermomètre des émotions musicales monte autour de l’Abbaye. Déjà dimanche soir, les Huelgas de Paul Van Nevel ont ravi leur fans avec des airs de Claude Le Jeune, de tous styles et de toutes langues. Avec justesse, union et naturel, les chanteurs de l’ensemble passent des lamentations au « Cocorico » du coq ! Le lendemain, Philippe Herreweghe avait donné à sa Cantate BWV 127 un air royal, afin de ne pas effrayer ses ouailles avec son texte menaçant et mortifère. Comme dans la Messe brève, ses chanteurs sont royaux et les larmes montent dès que Dorothee Mields lance « je suis pleine de courage pour mourir ».

Une autre soprano a envouté l’Abbaye : Dorsaf Hamdani a fait revivre ses « princesses » du chant arabe et leurs destins souvent tragiques avec finesse. Elle était entourée de merveilleux musiciens, permettant une alliance de modernité et de tradition, sans grandiloquence. Dommage qu’elle n’ait pas fait confiance à l’acoustique de l’Abbaye et pas délaissé son micro.

Rien ne semble impossible à Marie Elisabeth Hecker ! La jeune violoncelliste possède un jeu vif, une sonorité impressionnante et une large palette de nuances. Accompagnée par un pianiste tout aussi virtuose et subtile, Gabriele Carcano, on pouvait s’attendre à un ras-de marée d’émotions. Pourtant, il aura manqué un petit rien pour sublimer cette perfection, un souffle, une communion entre les deux chambristes, notamment dans la sonate de Brahms, redoutable, qui ne leur laisse pas de répit ni le temps d’oublier qu’ils jouent à Saintes alors qu’ils n’ont pas trente ans !

Il a plus de trente ans et a déjà réalisé son rêve : Antoine Tamestit a donné ses Suites de Bach, les yeux pleins d’émotion et de joie… communicative. Les habitués du violoncelle se sont vite fait à la légèreté de l’alto, à la virtuosité de l’interprète, à sa douceur. Il a dédié son bis au grand luthier Etienne Vatelot, mort samedi.

Leave a comment