La Sainte Folie Fantastique : Jeux de couple dans la musique anglaise

FESTIVAL – Jeune ensemble dédié à la musique baroque, La Sainte Folie Fantastique présente un programme inédit autour des compositeurs de l’Europe du Nord du XVIIe siècle.
Comme leurs aînés re-découvreurs de la musique ancienne, la jeune génération puise son inspiration dans les bibliothèques. Les temps changent néanmoins et Arnaud De Pasquale, claveciniste de l’ensemble La Sainte Folie Fantastique, a trouvé le manuscrit du programme qu’il donne à Saintes… sur internet. « Je cherchais des airs du compositeur anglais Daniel Norcombe (1576-1626), se souvient le claveciniste, pour notre duo avec Lucile (la gambiste Lucile Boulanger, sa compagne à la ville et à la scène, ndlr), et je suis tombé sur un autre manuscrit. Ce recueil réunissait des compositeurs de nationalités différentes qui, à part Henry Butler (?-1652), m’étaient inconnus. Il m’a suffi de demander les micro-films des partitions… et voilà ! » Ce manuscrit de la bibliothèque de la Cathédrale de Durham, ville du Nord-Est du pays, révèle la densité des échanges musicaux entre l’Angleterre et ses voisins allemand et danois entre les années 1620 et 1670. « On y retrouve un style commun, qu’on pourrait qualifier d’anglo-saxon même si ce terme n’existe pas encore. Et aussi une influence italienne dans les tempi et dans le style sonate qui émerge à cette époque. »
De nouveaux couples d’instruments
La surprise de ce répertoire vient des jeux entre les quatre instruments présents – violon, viole, clavecin et luth : « Comme un héritage des œuvres pour double choeur, ces pièces offrent de nouvelles combinaisons, de nouveaux couples d’instruments, souligne Lucile Boulanger. La viole et le violon concertent parfois à égalité, ce qui est assez déconcertant pour deux instruments si proches. On s’attendrait plus à entendre un violon et une basse. Ce jeu est propre au style anglo-allemand, on le retrouve dans les sonates de Buxtehude. Musicalement, cela nous demande beaucoup d’écoute, et que chaque instrument reste qui il est. Pour ma part, cette écriture donne à la viole un nouveau rôle et pousse l’instrument dans les extrêmes de sa tessiture. »
« Le public est curieux de découvrir de nouvelles choses, a constaté Arnaud Di Pasquale. Nous avons fait un concert à Nice où nous jouions du Bach, des extraits de notre disque, et d’autres compositeurs contemporains de Bach, plus ou moins anonymes. Les spectateurs sont venus à la fin du concert nous demander le disque de ces oeuvres-là, celles que nous n’avions pas enregistrées… » « L’avantage est que nous arrivons sans a priori, souligne Lucile Boulanger. Quand on interprète Bach, on n’est forcément pas neutre ! Et cela nous force aussi à l’humilité : ne pas prêter à la musique des intentions qu’elle n’a pas, la livrer la plus naturelle possible. »
18 juillet 2013, Abbaye aux Dames. 8 à 50 €. 05 46 97 48 48.
Photo : Les membres de La Sainte Folie Fantastique : Thomas Dunford, Jérôme van Waerbeke, Arnaud De Pasquale et Lucile Boulanger.

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