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Le Balcon ? Un jeune ensemble haut perché

PORTRAIT – Jeune ensemble musical, Le Balcon se hisse petit à petit. Leur leitmotiv : la musique contemporaine partout avec une pointe d’amplification. Portrait. 

Fin août dernier, un dimanche matin, plusieurs centaines de personnes se glissent sous la magnifique halle de bois de La Côte-Saint-André (Isère). Vont-elles au marché ? Non, écouter « Le Marteau sans maître » de Pierre Boulez et « La Symphonie fantastique » d’Hector Berlioz pour les vingt ans du festival qui porte son nom, dans le village qui a vu naître le compositeur. Quel défi que de faire écouter de la musique contemporaine en plein air, entre le bruit de la fontaine du village, des jeunes enfants qui courent dans tous les sens, les amis qui se retrouvent et les cafetiers qui déposent des petits cafés chauds sur un coin de table ! D’autant plus que le « Marteau sans maître » est un exemple de travail des sonorités, des silences, des ondes….
Pour réaliser un tel défi, le festival a fait appel à l’ensemble Le Balcon. Sur le papier : un groupe de jeunes musiciens pas trentenaires, sortis du Conservatoire Supérieur de Musique de Paris, associés à un ingénieur du son, Florian Texel, et même à un compositeur/transcripteur Arthur Lavandier. Ils ont un point commun avec ces festivals de tout poil que l’on trouve en France chaque été : vouloir sortir la musique classique des salles de concert conventionnées, pour la faire résonner dans les antiques basiliques, contre les vieux murs d’enceinte ou sous les canopées de chênes verts. Les membres du Balcon ont développé pour cela un dispositif de sonorisation qui permet de jouer n’importe où. Objectif : toucher un autre public et en particulier les jeunes. 
Pari réussi : à La-Côte-Saint-André, on entend « Le Marteau sans maître » du fond de la halle médiévale, juste assez fort pour devoir être attentif à la voix du contre-ténor, aux percussions ou au violon. La partition semble un peu longue à certains auditeurs, mais ils restent sagement à écouter cette musique du XXe siècle qui, d’un coup, ne semble plus si moderne que cela, et, encore moins, dérangeante. Tempus fugit !

La Symphonie fantastique parait très contemporaine et pour cause : le compositeur Arthur Lavandier a concocté une transcription du chef d’oeuvre de Berlioz pour un mini-orchestre et l’Ensemble à vent de l’Isère. Plein d’humour, il y a glissé des mélodies hétéroclites : des bruits de tonnerre et de pluie dans le premier tableau, le jingle des films Disney, du jazz New Orleans dans le second tableau « Le Bal », la bande-son du film Shining au moment du « Dies Irae », des sons de guitare électrique pour « Le Songe d’une nuit de Sabbat ». C’est dans ce dernier tableau que sonnent les deux cloches fondues pour l’occasion. Elles n’ont pas eu le temps d’être accordées : le triton qui en résulte – interdit au Moyen-Age car il évoquait le diable et nommé Diabolus in musica – va tout à fait bien avec le sujet !

Sur scène, le chef du Balcon, Maxime Pascal dirige avec énergie, interpelle ses musiciens, parle au public… il n’est pas sans rappeler un certain François-Xavier Roth, son professeur au CNSM ! Le chef qui ne dort jamais – ou presque ! – avait la veille dirigé « Rituel » de Pierre Boulez avec un orchestre de la SWR Sinfonieorchestrer Baden-Baden und Freiburg tout simplement excellent, vif et précis. Suivant la tradition – et alors que Boulez ne l’a pas précisé dans la partition d’origine – les cinq groupes de musiciens identifiés dans « Rituel » sont répartis, spatialisés, dans la cour du château Louis XI, sous un chapiteau à l’acoustique étonnement bonne. « Rituel » est suivi d’un « Ainsi parlait Zarathoustra » de haut vol, électrique… le public est survolté. (Ce concert est diffusé sur France Musique le 25 septembre.)

Le matin même, Maxime Pascal, animait une petite conférence sur « Le Marteau sans maître », dans la maison de Berlioz. La main retenant un mèche un peu trop longue, l’autre dans la poche d’un blouson bleu électrique, il se pose sur un bord de chaise pour expliquer l’art de Pierre Boulez comme s’il était au bar du coin. Ca fait du bien. Ca fait du bien d’entendre parler de musique sans gravité ni… rituel. Il n’a pas vraiment préparé sa conférence, et alors ? Il connaît très bien son sujet. « Le Marteau sans maître » est l’oeuvre d’un jeune compositeur qui a la rage de faire bouger les lignes. Maxime Pascal s’attarde sur l’inter-contemporain, créé par Pierre Boulez, « un orchestre de solistes, une formation qui a servi de modèle à d’autres ensembles jouant la musique contemporaine ». Le Balcon sera-t-il le modèle de l’avenir ? J’en suis convaincue.

L’ensemble Le Balcon est en résidence au Théâtre de l’Athénée à Paris. Prochain concert : le Pierrot lunaire de Schoenberg et Musique et parole de Morton Feldman. Du 25 au 28 septembre, 20 h. 7 à 32 €. A venir : « Le viol de Lucrèce » de Britten en janvier et Le Balcon de Eötvös en mai 2014.


Pierrot Lunaire | Nieto | Le Balcon from Le Balcon on Vimeo.

Crédits photos : © G. Gay-Perret/Festival Berlioz

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