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Akadêmia fait voyager Orfeo sur les rives du Gange

 CONCERT – Françoise Lasserre, directrice de l’ensemble baroque Akadêmia, signe un spectacle original : l’Orfeo de Monteverdi aux accents indiens. Rencontre.
Quel a été le déclic pour monter « Orfeo, par-delà le Gange » ?
Françoise Lasserre : … le personnage d’Eurydice car elle est au centre du mythe et pourtant elle n’apparait qu’une minute trente dans l’opéra de Monterverdi ! C’est juste assez pour esquisser le portrait de cette femme mystérieuse et pudique. Elle ne peut dire « je t’aime »… peut-être parce qu’elle vient d’une autre culture, d’une autre civilisation. Depuis mes 25 ans, je suis passionnée d’Inde, de sa musique mais aussi de sa mythologie. Les correspondances entre la spiritualité indienne et nos mythes sont nombreuses. Shiva, à la fois créateur et destructeur, est un lointain cousin d’Apollon et de Dionysos. Alors on peut imaginer un autre scénario où Eurydice est une danseuse sacrée au service de Shiva. En tombant amoureux d’elle, Orfeo, un chanteur occidental, provoque la colère du grand dieu : la danseuse trouve la mort au moment de ses noces avec Orphée.
Comment s’est déroulé le montage du projet ?
F.L. J’ai rencontré Francis Wacziarg, créateur d’une fondation dévolue à la diffusion de la musique occidentale en Inde. Soutenus par l’Institut Français en Inde, nous avons élaboré conjointement un projet comportant un volet pédagogique important pour la formation de jeunes chanteurs indiens (ceux du Neemrana Vocal Ensemble), une rencontre des musiciens classiques indiens et d’une danseuse d’odissi, un spectacle qui permettrait au public indien la découverte de ce répertoire du premier baroque italien. J’ai souhaité écarter la tentation de la fusion, pour préserver la pureté des deux cultures.
Quels instruments accompagnent cet Orfeo ?
F.L. Les instruments symbolisant les Enfers dans l’œuvre de Monteverdi ont été remplacés par des instruments de musique hindoustanie évoquant le voyage d’Orphée vers Bénarès pour retrouver son épouse. J’ai préféré la nostalgie du sarangi (une sorte de vièle) pour traduire l’errance d’Orphée, tandis que les shehnai (instruments à anche très brillants) font vivre le temple de Shiva. Accompagnés des tabla et pakhawaj (percussions), ils rejoignent l’instrumentarium de Monteverdi servi par Akadêmia.

Quelle a été la réaction de la danseuse, des instrumentistes et des chanteurs indiens à l’écoute de l’Orfeo ?

F.L. Je crois pouvoir dire qu’ils ont été totalement séduits par cette musique mais également par la pratique des chanteurs et instrumentistes baroques. Nos approches respectives comportent de nombreux points de ressemblance : travail particulier de la justesse, des ornements, part de l’improvisation, etc… Depuis le premier stage de janvier 2013, les chanteurs indiens ont parcouru un chemin gigantesque ! Ils ont appris le lien étroit entre musique et texte, le travail de la justesse harmonique, la grammaire de la musique. J’ai été impressionnée par leur façon de s’approprier les pages de l’Orfeo tout en donnant leur lecture propre. Je garderai longtemps en mémoire les émotions qu’ils m’ont procuré par leur travail.
« Orfeo, par-delà le Gange », samedi 5 octobre, 20 h, Cité de La Musique à Paris.

L’ensemble Akadêmia joue Monteverdi…

… René Jacob dirige l’Orfeo de Monterverdi sur une chorégraphie de Trisha Brown :

La danseuse Arushi Mugdal, qui participe à cet Orfeo :

Photo Vincent Akash
Article paru sur le site de Mécénat Musical Société Générale, mécène du projet. 

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