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CD : les sorties des Girondins… et assimilés !

CD – Mon confrère de Sud Ouest et moi avons réalisé une sélection des sorties d’albums classiques de la rentrée chez les ensembles et artistes girondins… Et presque girondins! 
« Rebel de père en fils », par l’ensemble Les Surprises
Depuis 2010, l’Académie baroque européenne d’Ambronay offre à de jeunes ensembles la possibilité d’enregistrer un premier CD dans d’excellentes conditions. C’est évidemment une reconnaissance pour l’ensemble Les Surprises, codirigé par la gambiste bordelaise Juliette Guignard et le claveciniste Louis-Noël Bestion de Camboulas, qui a plus d’un clavier à son art puisqu’il a remporté la semaine dernière le premier prix du Concours international d’orgue de Toulouse. Ils ont judicieusement choisi de mêler dans cet enregistrement pièces connues et oeuvres inédites. Leur version des « Caractères de la danse » de Jean-Féry Rebel, maître de musique de la Chambre du Roi (1666-1747), est digne de devenir une référence, et celle du « Tombeau de Monsieur de Lully » est d’une profondeur saisissante. Son fils François (1701-1775) est plus connu comme directeur de l’Académie royale de Musique que comme compositeur, mais on lui doit une douzaine d’ouvrages lyriques en indivision avec son ami François Francoeur. Sans doute n’ont-ils pas le génie de Rameau, mais le choix des extraits enregistrés et leur interprétation sont très convaincants. Un « Air pour Vénus » est l’occasion d’un dialogue sensuel entre flûte et violon, un gracieux Menuet révèle un basson enjoué, une Chaconne conjugue un pouvoir hypnotique avec une grande diversité de timbres et de sentiments. Quant à Juliette Perret, dessus, et Etienne Bazola, basse-taille, ils excellent aussi bien dans un duo d’amour, un air de fureur, ou les vocalises d’une scène de tempête. (F.C)

Collection Jeunes ensembles des Editions Ambronay, distribué par Harmonia Mundi.

Concert de lancement samedi 2 novembre à 20 h 30 au temple du Hâ à Bordeaux. De 8 à 13 euros. Réservations : 06 15 58 86 53 ou secretariat@lessurprises.fr


Suites pour violoncelle de Benjamin Britten par Antoine Pierlot

Il a ponctuellement occupé la première place du pupitre des violoncelles de l’Orchestre Nantional Bordeaux Aquitaine. Antoine Pierlot vient d’enregistrer les trois Suites pour violoncelle de Benjamin Britten, composées en 1971 pour Mstislav Rostropovitch… ou plutôt arrachées au compositeur ! Alors que le Britannique l’amenait rencontrer la princesse Mary, fille de George V, « Slava » annonce qu’il va lui faire une révérence avec rotation à 360° comme il l’a vu faire au Bolchoï. Britten, pris de panique, tente de lui faire renoncer à cette extravagance. Rostro y consent en échange de « trois grandes oeuvres pour violoncelle » ! Sous les mains d’Antoine Pierlot, elles peuvent rivaliser avec celles de Bach, en mystère et en profondeur. Il semble aussi à l’aise dans les formes baroques que dans les passages brusques et angoissés.(S.G.)
Edité chez Transat Live

Janáček par le choeur Accentus dirigé par Pieter-Jelle de Boer

Une première ! Dans ce disque, le choeur Accentus n’est pas dirigé par Laurence Equilbey mais par Pieter-Jelle de Boer, chef associé depuis 2011. Pour les Girondins, il fut surtout le chef assistant de l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine de 2009 à 2012. Il reviendra d’ailleurs le diriger le 7 février 2014. Sous le titre « Brumes d’enfance » sont rassemblées plusieurs œuvres pour choeur de Léos Janáček, illustrant son amour pour les enfants, à commencer par sa fille Olga, morte prématurément. De l’élégie qui lui est dédiée aux envoutantes Comptines pour choeur mixte, alto et piano (superbe jeu d’Alain Planès!), Pieter-Jelle de Boer réalise un travail remarquable d’équilibre et de poésie. (S.G.)
Edité chez Naïve.
Le choeur Voyageur, l’album des dix ans
Le choeur Voyageur fête ses dix ans. Composé à l’origine d’étudiants en musicologie de l’Université de Bordeaux, puis ouvert aux chanteurs de moins de trente ans, il est dirigé par Alexis Duffaure. Ce disque rassemble ce que le choeur fait de mieux. Comme au concert, il amène progressivement du recueillement à la détente, avec une large place à la musique ancienne ou plutôt d’influence ancienne puisque les compositeurs sont encore vivants comme Eric Withacre, américain né en 1970, auteur d’un très aérien « Lux Aurumque ». Poulenc et Piazzola sont également au programme, révélant le dynamisme des voyageurs qui proposent même une version délicate de « Plaisir d’amour » et une drôle «Histoire de la vie» (tiré du Roi Lion de Disney) avec quelques cris d’animaux ! Alexis Duffaure, prix de direction de choeur au Concours de Tours en 2009, a réussi à tirer le meilleur des forces vocales en présence et signe une partition vive, « Jour de colère », mélangeant polyphonie antique et bruissements modernes. (S.G)
En vente sur le site lechoeurvoyageur.fr

« Jacob van Eyck, l’Orphée d’Utrecht », par La Chambre d’Aliénor
Quand on prononce le nom de van Eyck, on pense à la peinture plutôt qu’à la musique… Jacob van Eyck a vécu deux siècles après Jan, et son (pré)nom est peu connu hors du petit monde des flûtistes à bec. Mais le coffret que lui consacre Cécile Orsini, qui enseigne cet instrument au Conservatoire de Bordeaux, n’est pas destiné aux seuls spécialistes. Les variations que le virtuose a consignées dans « Le Jardin des délices de la flûte » sont l’occasion d’un voyage musical en Europe au début du XVIIe siècle, à la recherche des sources des mélodies qui ne connaissaient pas de frontière. Les auditeurs néophytes qui ont assisté dimanche dernier au concert de lancement du double CD, dans l’église de Castelviel où il a été enregistré, ont été séduits par la variété du programme. La pureté de la voix et la qualité de la diction de Mathilde Ambrois rendent la vie aux chansons françaises aussi bien qu’anglaises, italiennes ou néerlandaises. Le jeune luthiste canadien Stanislas Germain ne se contente pas de l’accompagner, il interprète aussi une Toccata de Kapsberger avec une grande sensibilité. Le Bordelais Pierre-Henri Jondot est aussi captivant à l’orgue dans Sweelinck qu’au clavecin dans Frescobaldi. L’arrangement pour deux flûtes de la « Bataille » de van Eyck permet à Cécile Orsini et à son ancienne élève Mayliss Balestic Jubeau de s’affronter spectaculairement, mais elles sont aussi capables de très suaves unissons. Enfin, Stefano Colletti au carillon de Douai donne un splendide aperçu de son art que partageait aussi l’Orphée d’Utrecht. (F.C.)
En vente sur www.lachambredalienor.com
Article paru dans Sud Ouest du 23 octobre. Avec l’aimable autorisation de François Clairant.

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