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La Duchesse des Brigands sera-t-elle grande ?

COMPTE-RENDU – La nouvelle production de la Compagnie Les Brigands, « La Grande Duchesse » est donnée jusqu’au 5 janvier au Théâtre de l’Athénée. Cette production tirée de l’oeuvre d’Offenbach a été créée début novembre à La Rochelle. Classique mais pas has been y était. 
N’ayons pas peur de froisser les amoureux d’Offenbach et disons-le tout de go : « La Grand Duchesse de Gérolstein » n’est pas très drôle. Cette opérette de 1867 raconte la déception amoureuse d’une femme politiquement puissante : elle aime les militaires et surtout l’un d’eux, le soldat Fritz, qui est amoureux d’une autre, Wanda. Quelques jeux de mots mais rien de passionnant, une hiérarchie militaire et une autorité politique tournées en dérision… mouai… notre XXIe siècle en a vu tant d’autres que nos cerveaux ne sont pas émoustillés. Las! Il reste avant tout la musique, enlevée, sympathique, et qui ne quitte pas nos oreilles avant des jours « Ah que j’aime les miliaires », « Dites-lui qu’on l’a remarqué… », etc.

Tel est le défi qu’affronte la Compagnie Les Brigands, passée maitre dans l’art de nous (re)donner des perles de ce répertoire léger, gai, souriant et souvent fantasque. La troupe sait à merveille accentuer le côté burlesque de ces opérettes avec des mises en scène pétillantes et absurdes.
L’oeuvre étant très connue, le metteur en scène Philippe Béziat et le directeur musical Christophe Graperon se sont permis quelques changements dans la distribution. Fritz est homosexuel et son amoureuse est devenu un amoureux, soldat lui aussi, ce qui n’est pas sans poser quelques problèmes à son supérieur le Général Boum. La soprano Isabelle Druet, qui campe la Grande Duchesse, est donc entourée de beaucoup d’hommes, même si le baron Grog… et puis non, on ne vous dit pas tout.

Isabelle Druet semble à l’aise dans cette non-parité avec un bagou et un chic théâtral admirables. Ce rôle lui va comme un gant de Duchesse. La sienne est tendre et on la croit vraiment amoureuse, à mille lieux d’une croqueuse d’hommes à la voix guindée. Les soldats sont à la hauteur de leur jolie guide suprême, à commencer par le Soldat Fritz – François Rougier qu’on a déjà salué ici – et Antoine Philippot, le général Boum. Tous, ils font preuve d’une diction propre, une gageure au  rythme infernal auquel ils doivent chanter !

A La Rochelle, à l’issue d’une semaine de résidence, la Compagnie prenait ses marques et l’acoustique sec de La Coursive ne permettait pas un jugement musical d’une grande précision. On a pu néanmoins déceler quelques chorégraphies sympathiques dont ces Brigands on le secret et quelques astuces de mise en scène, qui, une fois rodées – comme elles le seront sans nul doute à l’Athénée – donneront le rythme nécessaire pour que cette duchesse soit une Grande Duchesse.

Du Jeudi 12 décembre au 5 janvier au Théâtre de l’Athénée

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