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Cris de Paris : La la la sans bla-bla

COMPTE-RENDU – L’ensemble vocal « Les Cris de Paris » ont créé mercredi à Gradignan (33) leur dernier spectacle : Le tour des Babils.

Quand ils chantent, les bambins ne s’embarrassent pas de paroles, ils babillent… et cela rend leur entourage baba. En 2011, Geoffroy Jourdain, directeur musical de l’ensemble vocal Les cris de Paris, est parti de ce constat pour créer « Babebibobu », un spectacle pour enfants…. Gros succès, chez les parents aussi. Le revoilà donc avec douze chanteurs pour l’épisode n°2, 100% a capella, « Le tour des babils », créé le 5 février au Théâtre des Quatre-Saisons de Gradignan (33).
« Le tour des babils » n’est pas un tour de chants, mais bien un spectacle-cabaret sur les difficultés des hommes à communiquer. Douze individus qui ne se comprennent pas, qui ne s’entendent pas… quel beau sujet musical. « L’objectif est de montrer que même sans la parole, l’intention de l’interprète peut se faire comprendre », nous a confié Geoffroy Jourdain. Son objectif est atteint quand une des chanteuses mime et chante l’énervement d’une femme qui attend son amoureux, impatiente, à la table d’un café. On rit de cette évidence : aucun mot mais les émotions sont là. Le rire est plus grinçant quand un politicien se lance dans un discours en gromolo… avec cette même rythmique qui tue le sens, cette gestuelle qui veut convaincre, les mêmes que ceux des « vrais » discours. Je m’y suis sentie aussi lasse et désabusée que devant les discours politiques actuels…

De Clément Janequin (1485-1568) à Jean-Michel Jarre, Les Cris de Paris sont époustouflants, arrivant à jongler entre théâtre, mime et musique a capella. Il leur faut glisser des diapasons ici et là pour rester toujours à l’unisson… par exemple à la place d’une cuillère dans une coupe de glace !

Qui du metteur en scène Nicolas Vial ou de Geoffroy Jourdain a eu l’idée de jouer avec des carrés de couleur projetés au sol pour signifier la gamme de son ? L’effet est très amusant, et rappelle cette démonstration de Bobby McFerrin sur l’universalité de la gamme pentatonique :

« Je suis certain que des spectateurs écouteront ainsi avec plaisir des pièces modernes qu’ils auraient boudées dans un concert classique ou dans un contexte plus… protocolaire », a affirmé le directeur des Cris. Là aussi, il a vu juste : les musiques les plus étonnantes semblent évidentes à nos oreilles, celle  de Georges Aperghis (né en 1945) – sûrement l’un des plus prolixes compositeurs à utiliser du langage non signifiant -, celle du délirant Giacinto Scelsi (1905-1988), ou encore du dadaïste Kurt Schwitters (1887-1948) plus connu pour ses peintures et sculptures que pour son « Ursonate », sonate de sons primitifs ! Pour interpréter ces partitions audacieuses, les chanteurs devront parfois renoncer aux saynètes et s’installer plus traditionnellement en demi-cercle. Tant mieux, car il faut cela pour rendre aussi la beauté et la profondeur de ces langages.  

Mercredi 5 février Théâtre des Quatre-Saisons.
Article paru en partie dans Sud Ouest
Photo © Olivier Michel

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