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Orchestre : la recette toulousaine

INTERVIEW – L’Orchestre du Capitole de Toulouse se produit ce soir à l’auditorium de Bordeaux. L’occasion de tenter de lui dérober la recette de son rayonnement.

Directeur musical de l’Orchestre national du Capitole depuis 2008 après avoir été pendant trois ans premier chef invité, Tugan Sokhiev vient d’être également nommé nouveau directeur musical du Bolchoï. A 36 ans, il a hissé l’ONTC au rand du plus dynamiques orchestre de l’Hexagone.

Quelle est la recette du succès de l’ONCT ?
La volonté et l’enthousiasme des musiciens, et bien sûr leur talent ! Le maire de Toulouse (le socialiste Pierre Cohen, qui vient d’être battu par Jean-Luc Moudenc, ndlr) nous a apporté un grand soutien politique nous donnant les moyens de réaliser nos ambitions.

Et vous aussi, non ?
Oui (rires) ! La relation artistique avec les musiciens est la chose la plus importante. Nous travaillons beaucoup, notamment au développement de sonorités, avec une grande exigence. Et puis avec Thierry d’Argoubet, le délégué général, nous formons un tandem magnifique. Il adore l’orchestre et cherche tous les moyens de l’améliorer. C’est très important. Ca se voit, ca s’entend !

On critique souvent l’esprit routinier des musiciens d’orchestre français…
… C’est le contraire à Toulouse ! L’Orchestre National du Capitole de Toulouse est l’orchestre qui rayonne le plus en France. Nous avons élargi le répertoire, de la musique classique à la musique contemporaine. Chaque saison nous organisons de nombreuses actions pédagogiques et des concerts étudiants. Nous sommes en résidence à la salle Pleyel à Paris pour trois concerts par an et notre planning annuel compte 40 dates à l’étranger. Nous avons aussi un volet audiovisuel avec une douzaine de concerts retransmis sur les chaines Arte, Mezzo et le site Medici.tv.

Les tournées sont-elles essentielles à un orchestre de région ?
Oui car elles montrent le niveau de l’orchestre, son excellence. Elles valorisent aussi le travail du musicien, son métier, qu’il peut partager dans sa ville, sa région mais aussi à Paris et lors de tournées en Amériques du Sud, au Japon, etc. C’est essentiel pour le développement musical et la motivation.

La jeunesse des musiciens est-elle un atout supplémentaire ?
L’Orchestre a obtenu de recruter 20 postes supplémentaires et, comme beaucoup d’orchestres en France, nous avons eu des départs à la retraire. Nous avons à présent une mixité et une jeunesse qui transforment l’énergie collective. Néanmoins, ce n’est pas vraiment une question d’âge : nous avons des « anciens » qui ont une très grande énergie ! Les musiciens participent à notre blog pendant les tournées, et à notre page Facebook (3524 «j’aime» contre 341 pour l’ONBA, ndlr), ces moyens modernes de communiquer aves les mélomanes.

Vous donnerez un programme Chostakovitch. La musique russe est une évidence pour vous ?
Naturellement. J’ai ajouté à notre répertoire quelques musiques russes avec lesquelles l’orchestre est très à l’aise. Après 35 ans de musique française (sous la direction de Michel Plasson de 1968 à 2003, ndlr), il faut quand même bouger ! Ca aide à lutter contre la routine. Et ce n’est pas bon de rester sur l’association orchestre français / musique française. Nous donnons la plus importante des symphonies de Dimitri Chostakovitch (1906-1975), importante pour l’histoire du pays (la symphonie dite « Stalingrad » rend hommage à la tragique bataille de l’Union soviétique contre le IIIe Reich en 1943, ndlr). Et aussi son Concerto pour violoncelle, avec en soliste Edgar Moreau, que j’ai entendu quand il remporté à l’âge de 15 ans le premier prix du Concours Rostropovitch. Ces deux œuvres me touchent énormément. Elles sont musicalement très fortes.

Mercredi 2 avril, 20 h, auditorium de Bordeaux. 8 à 45 €. 05 56 00 85 95.
Photo © Marco Borggreve

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