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Jean-Yves Thibaudet, le pianiste aux mains heureuses

INTERVIEW – Généreux et enthousiaste, le pianiste Jean-Yves Thibaudet se produit rarement en France, sa terre natale. Il poursuit une carrière éblouissante depuis les Etats-Unis où la chance lui a souri il y a trente-cinq ans. 

Pianiste français mais carrière américaine ?
Elle se fait à moitié aux Etats-Unis, à moitié en Europe. Je n’ai jamais autant joué en France que depuis dix ou quinze ans, ca me fait très plaisir. J’ai passé des saisons entières avec 125 concerts dans le monde et pas un en France. Je me suis très longtemps demandé pourquoi. Je crois que les gens m’en voulaient d’être parti aux Etats-Unis.

Pourquoi êtes-vous parti ?
Ce n’était pas mon choix. J’avais 18 ans. On ne me proposait rien en France. J’ai gagné le Young Concert Artist de New York qui a fait boule de neige. Je me suis installé là-bas car j’y passais sept à huit mois par an. Ce sont des choix qui se font d’eux-mêmes.

Que faut-il pour faire une grande carrière ?
Le talent et le travail sont une première chose. Le reste n’est pas contrôlable. Il faut du charisme, du caractère, comme en politique ! Quand on va sur scène, il faut que les gens soient excités, qu’ils ressentent quelque chose. Arthur Rubinstein disait qu’il fallait trois choses : le talent, le travail et… la chance. J’en ai eu beaucoup.

Quel fut votre premier coup de pouce de la chance ?
Arturo Benedetti Michelangeli annule un récital à Munich. Je n’avais rien fait à l’époque, juste le concours à New-York. Mon agent a appelé le promoteur pour lui dire « j’ai ce petit jeune-là ». Il lui a fait confiance. J’ai interprété la sonate de Brahms en fa mineur puis du Ravel, je m’en rappelle très bien ! Les spectateurs de la Herkulessaal l’ont appris au dernier moment. Ils sont bien élevés, ils ont bien réagi (rires).

La chance aussi d’être enregistré très tôt chez DECCA ?
Oui ! C’était lors d’une émission de télévision en Hollande genre « Le grand échiquier ». Le pianiste qui devait jouer le Concerto de Liszt avec le chef Riccardo Chailly annule. De nouveau, j’y vais. Chailly venait d’être nommé directeur musical du Concertgebouw d’Amsterdam. Comme il était chez Decca, le directeur du label vient l’écouter. Non seulement je joue avec un des meilleurs orchestres du monde, dirigé par un grand chef, mais en plus le directeur de Decca m’entend et décide de me faire signer un contrat ! Ca fait 25 ans que j’enregistre chez Decca.

De grands chefs vous ont aussi soutenu, n’est-ce pas ?
Une autre drôle d’histoire ! J’ai rencontré Charles Dutoit dans une croisière musicale. Plus tard à Washington, on me fait savoir qu’il veut m’entendre, à midi, après les répétitions avec l’orchestre. Coïncidence : cette même semaine Daniel Barenboïm dirigeait « les noces de Figaro » à l’opéra, dans le même bâtiment. Le violoncelliste Mstislav Rostropovitch, directeur musical de l’orchestre, était là aussi. Ils devaient déjeuner ensemble (rires). J’ai donc joué pour les trois ! Dans la foulée, j’ai eu des engagements avec les trois ! On voudrait le planifier, ca n’arriverait pas…

Votre « lignée » pianistique descend de Ravel. Est-ce un concept pertinent ?
Oui c’est très important. Lucette Descaves, mon professeur quand j’avais 11 ans, était une amie proche de Ravel. J’y crois complètement : de génération en génération, on se transmet des traditions, un héritage et même des erreurs dans les partitions de Ravel ou de Debussy ! Reine Gianoli m’a enseigné l’art de Bach, Beethoven, Mozart. Je vais encore jouer devant Aldo Ciccolini, dès que j’en ressens le besoin, comme récemment avec le concerto «L’Empereur» de Beethoven. Ca m’a sécurisé d’avoir la bénédiction du patriarche. J’ai devant moi un arbre généalogique de cette famille de pianistes. Il fait trois kilomètres… je ne sais pas où le mettre !

Cliquez ici pour trouver le prochain concerts de Jean-Yves Thibaudet.

Propos parus dans Sud Ouest du 6 avril 2014.

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