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Les Ebène, un quatuor 360°

INTERVIEW – Le quatuor Ebène donnait un récital classique dans le Médoc, l’occasion d’évoquer leur dernier disque « Brazil » et le savant mélange entre classique et crossover.
Depuis quinze ans le quatuor Ebène côtoie le répertoire classique, de Beethoven à Haydn, de Mozart à Bartok. Alors que leur réputation est faite, les quatre garçons s’offrent en 2007 une escapade jazz avec « Fiction », un disque « crossover ». Fort de son succès, ils réitèrent ce mois-ci avec « Brazil », un excellent album où le quatuor Ebène partage l’affiche avec Bernard Lavilliers et Stacey Kent. Au même moment, ils sont en tournée dans un programme très classique, comme ce jeudi à Cantenac dans le Médoc. Explications avec Gabriel Le Magadur, second violon du quatuor.
Depuis quand préparez-vous votre concert médoquin ?
R.L.M. : Nous décidons du programme deux ans à l’avance ! Il nous faut trouver des quatuors qui vont nous plaire et trouver la bonne combinaison. Nous essayons de ne pas associer trois quatuors similaires. En l’occurrence, nous avons construit ce programme autour d’une pièce de Bartok, que nous adorons. Le public a souvent un gros a priori sur ce compositeur probablement à cause du disque : c’est une musique de live. Avant de jouer Bartok, nous commençons par un jeune Beethoven ou un Mozart. A Cantenac ce sera Mozart : le quatuor en mi bémol KV 428, une petite merveille de fraicheur, très chantant. Et enfin nous finissons par le quatuor n°15 de Schubert, son ultime quatuor, à la demande de l’association Musique au cœur du Médoc.
Au même moment sort votre deuxième projet « crossover ». Ce terme vous déplait ?
C’est un terme souvent méprisant alors que finalement il veut juste dire « dépasser les frontières ». Disons qu’il est juste dommage de devoir les franchir ! Nous sommes aussi impliqués et professionnels que lorsque nous jouons du classique, voire plus. Pour un disque classique, nous ajustons notre respiration commune, préparons soigneusement les micros et en quelques prises, le travail est fait. Un disque jazz ou pop exige un énorme travail de montage pour que nos idéaux sonores soient réalisés. Chaque chanson est différente et exige un équilibre particulier entre nous, la batterie et la voix. On n’en a pas conscience au début de l’aventure : on se met avec nos instruments autour d’un piano et on lance des arrangements !
Passer de Bela Bartok à Bernard Lavilliers, facile ?
Oui, c’est notre culture. Nos parents étaient fans de Lavilliers, nous avons été nourris à sa musique ! En 2010, nous avons fait une impro avec lui lors du salon Music&you… l’amitié est venue toute seule! Il nous a invités sur son dernier album. Comme la chanteuse de jazz Stacey Kent, il adore l’Amérique du Sud. Nous voulions aller du côté de Piazzola, de la bossa, la samba. C’est plus la chanson Brazil (de Ary Barroso, ndlr) que le Brésil qui nous a inspiré ce disque… et ca n’a rien à voir avec la Coupe du Monde !
Avez-vous déjà mélangé les genres, au concert ?
On a tenté l’expérience avec une partie classique, une partie crossover. Le public adore… nous sommes partagés. Bien sûr, on défend cette identité métisse, et on peut glisser un « Libertango » (de Piazzola ndlr) à la fin d’un concert classique. A présent que nous faisons de la pop et du jazz avec une batterie et du chant, cela nous paraît moins intéressant de le faire à quatre !
LA NOTE DE CLASSIQUE MAIS PAS HAS BEEN

Au moment où je publie cet article, le quatuor Ebène officialise une info qui courait  : Mathieu Herzog, l’altiste de la formation française, quitte le quatuor pour assouvir ses envies de direction d’orchestre. C’est toujours un moment troublant que le départ d’un membre d’une telle formation, un peu comme un couple qui se sépare, une amitié qui prend fin. Saluons ce dernier disque ensemble, un disque qui m’a bien plu. Certes, ce n’est pas Beethoven mais il faut de la musique pour toutes les émotions. « Brazil » est idéal pour passer les mois d’été, en fond sonore d’apéro avec un verre de rosé frais ou dans la voiture qui vous mène vers l’océan. Mention spéciale pour la reprise de « Fragile » de Sting avec Stacey Kent.
Jeudi 22 mai, 20 h, Château d’Issan, Cantenac.
Article paru dans Sud Ouest du 22 mai 2014.
Photo ©Julien Mignot

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