Festival de Saintes : A-t-on le droit de comparer?

COMPTE-RENDU – Premières impressions après trois jours de Festival.
Le point noir des festivals ? La comparaison. En dehors de ces manifestations, l’occasion est rare d’entendre deux grands pianistes jouer Bach à quelques heures d’intervalle. Samedi à 13 h, Alexandre Tharaud donnait les « Variations Goldberg ». A 22 h, Jean-François Heisser la partita n°4 (BWV828). La silhouette du premier est aussi frêle que l’autre en impose par sa force tranquille. Jean-François Heisser dévore la partition comme un Gargantua n’écoutant que son bon plaisir. Point de sieste pour autant : les lignes du contrepoint sont claires, la main droite allègre, la gigue danse… Dans la musique de Federico Mompou c’est la profondeur de son piano qui envoute. L’expérience des fameuses Variations Goldberg est d’une autre teneur. Entre la première Aria et la dernière, sa jumelle, le voyage transforme l’interprète et l’auditeur. Les premières variations soulignent la délicatesse d’Alexandre Tharaud. A mesure que le rythme s’accélère, son jeu se fait plus nerveux perdant en précision (le redoutable chevauchement des mains) et en profondeur. Las ! Pas de transformation quand vient la dernière aria.

Bach encore, dimanche midi pour les tant attendues Cantates par les Vox Luminis. La comparaison avec Philippe Herreweghe est simplement inutile. Lionel Meunier, le chef de l’ensemble a su réunir les mêmes cartes maîtresses : perfection vocale, intelligence, humilité et joie des interprètes. Ce flutiste de formation – il en a joué délicatement dans la BWV106 – a rendu hommage au maestro qui l’a converti au chant. Lionel Meunier dirige depuis le chœur, et non de dos, un effectif de chanteurs restreint qu’il a scindé en deux. Echange permanent de regards entre les deux chœurs, gage de cohérence et de justesse. Dire que c’était là leur toute première Cantate de Bach…

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