Saintes : impressions à mi-festival

COMPTE-RENDU –  Saintes ou la revanche des Argentins…
L’Argentine a gagné la coupe du monde… celle du public heureux, lundi à Saintes. Combien de fois l’abbatiale a-t-elle connu les spectateurs debout pour acclamer un spectacle ? En l’occurrence le Diluvio universale, une partition géniale donnée par les troupes du chef argentin Leonardo Garcia Alarcón. Certes, les voix masculines manquaient de force mais cette petite faiblesse était compensée par une vivacité d’interprétation (la mezzo Evelyn Ramirez incarnant la justice divine), un beau jeu théâtral (Fabian Schoffrin, la mort grotesque avec sa grande faux), des instrumentistes d’exception (les percussions de Keyvan Chemirani, le luth vif de Thomas Dunford) et des voix superbes, celle de Mariana Flores en tête.

Quand elle est associée à un travail soigné, l’interprétation extravertie de la musique ancienne est un régal. En témoigne, le récital du claveciniste Jean Rondeau, cheveux en pétard, manches retroussées pour jouer Domenico Scarlatti et Padre Soler. A entendre les tempi énergiques qu’il opte on veut bien croire qu’il ait besoin d’être à l’aise. Ses appuis marqués à la main gauche soulignent les accents Rock’n Roll de ces sonates. Et quand il arrête net le « Fandango » de Soler (une pièce qui n’a pas de fin), on se dit que cette musique « groove » et on comprend pourquoi Jean Rondeau est aussi pianiste de jazz !

Même jeunesse et même extraversion joyeuse pour l’orgue de Maude Gratton qui a donné un récital brillant et intelligemment pensé d’œuvres des XXe et XXI siècle à la Cathédrale. Dans un style libre et engagé, elle nous a fait découvrir (et aimer !) Charles Tournemire, Michael Radulescu et Jean-Baptiste Robin.
Egalement à Saint-Pierre, la pièce de Zad Moultaka amenée par des œuvres de Hildegarde Von Bingen, a séduit. Qui des deux est le plus moderne ? La mystique du Moyen-Âge et ses notes vibrées telles les cris d’indiens des jeux d’enfants ? La superposition contemporaine des voix, certaines chuchotées, d’autres enregistrées qui dessinent un ruban sans fin, dans une atmosphère inquiétante scandée par des coups de grosse caisse. Dans les deux répertoires, finalement si proches dans leurs motifs orientaux, leur violence, leur profondeur, les cinq femmes de De Caelis nous ont envouté et élevé nos esprits vers un ciel d’une pure beauté. L’introversion aussi rend heureux.

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