Festival de Saintes : bilan en forme de carnet de notes

COMPTE-RENDU – Une très belle édition s’achève ce soir, si belle qu’il est difficile d’établir le carnet de notes de cette programmation 2014.
Encouragements…
… pour ces interprètes dont on connaît la valeur mais qui n’ont pas réussi totalement à nous séduire. Sonia Wieder Atherton a proposé dans son spectacle sur Nina Simone une recherche remarquable sur le grain de la voix et du violoncelle. On reconnaît le timbre de chanteuse, ses phrasés mais on ne pénètre pas assez dans son univers. Fallait-il pousser plus loin le « à la manière de » ou laisser le pianiste Bruno Fontaine – brillant – aller plus à fond dans le répertoire jazz ?
Remarquable aussi est le travail d’Hervé Niquet qui a donné une « Leçon des ténèbres » comme au temps de Louis XIV, une pièce de cour. On reconnaît un travail analytique minutieux et un parti pris original. Ceux qui cherchaient le recueillement ont été déstabilisés. Les autres, prêts à tenter l’aventure, auraient aimé plus d’équilibre entre les chanteuses et les musiciens : la faute probablement au dispositif scénique – le chef de dos à l’orgue, les chanteuses devant lui et les musiciens derrière.
Oserait-on critiquer le maître ? Philippe Herreweghe a donné une époustouflante « Inachevée » de Schubert mais nous a perdus dans Chopin. En gardant l’élan de la symphonie dans le Concerto pour piano, il a déstabilisé le soliste Alexander Melnikov. Dommage pour le piano-forte Blüthner de 1856 qui n’a pas trouvé sa place.
Mention très bien…
… pour les audacieux venus avec des programmes originaux et finement travaillés. « Le pays où se fait la guerre » est un bel exemple : mélange d’opérettes et d’œuvres méconnues du romantisme français. On a découvert Cécile Chaminade, Mel Bonis – des compositrices, une rareté ! – « Les larmes » de Benjamin Godard, le quatuor avec piano de Reynaldo Hahn. L’excellence du quatuor Giardini et des transcriptions d’Alexandre Dratwicki, le Directeur musical du Palazzetto BruZane, Centre du musique romantique française, ont transformé ce thème terrible en un moment de réflexion et de paix.
Mention très bien aussi pour le Collegium vocale Gent dans Janáček avec le Het Collectief. Ces formidables chambristes offrent le répertoire contemporain avec un tel engagement, une telle maîtrise qu’on le déguste aussi facilement qu’un prélude de Chopin… Chopin et Schuman ont explosé sous les doigts de la pianiste Beatrice Rana qui a fait fi de l’acoustique réverbérante de l’abbatiale pour emporter les spectateurs dans un tourbillon de virtuosité et d’énergie.
Félicitations du jury…
… Pour les héritiers de la tradition saintaise. Les chefs qui ont pris la suite de Philippe Herreweghe dans les Cantates de Bach ont relevé le défi haut la main. Lionel Meunier et Damien Guillon s’inscrivent dans un héritage : leur attention au texte et à l’histoire, leur recrutement attentif de musiciens et de solistes montrent qu’ils ont bien retenu la grande leçon d’interprétation du maître. Joël Suhubiette fut son assistant, et cela s’entend dans l’extrême attention qu’il porte à la diction des chanteurs de son chœur de chambre Les Eléments. A la fin de son concert, l’Argentin Leonardo Garcia Alarcón a salué Philippe Herreweghe, source vive d’inspiration. Avec son génial « Diluvio », il est le premier de la classe cette année !

Leave a comment