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Dernier concert classique à Pleyel

CONCERT – La prestation de l’orchestre national d’Ile-de-France à la salle Pleyel à Paris signe ce soir la fin du classique dans ce lieu mythique.

Une note finale pour la salle Pleyel ? L’orchestre national d’Ile-de-France joue probablement ce soir l’ultime concert de musique classique de l’histoire de cette salle mythique de la rue du Faubourg-saint-Honoré (Paris – VIIIe). Construite en 1927, Pleyel était la seule salle parisienne dédiée à la musique symphonique, jusqu’à l’arrivée de La Philharmonie, grand complexe pour le classique à La Villette inauguré le 14 janvier prochain.

L’Etat, propriétaire de la salle Pleyel depuis 2009, va céder l’exploitation des lieux à un opérateur privé, dont le nom devrait être connu en janvier. Il a posé une condition : une programmation pop-rock-chanson-jazz de qualité mais… pas de musique classique, afin de ne pas concurrencer la Philharmonie.

Une décision bien autoritaire pour certains, qui ont engagé procédures judiciaires et pétitions pour que soit respectée l’histoire de « cette vieille dame qui a tellement donné au symphonique », selon Fabienne Voisin. Cependant, la directrice générale de l’Orchestre national d’Ile-de-France, l’Ondif pour les intimes, ne quitte pas Pleyel la mort dans l’âme. « C’est une aventure qui se termine mais une autre, extraordinaire, qui commence ».

Place à l’éducation musicale
« La construction de la Philharmonie répond à un changement du rôle des orchestres, analyse la gestionnaire. Les 95 musiciens permanents de notre formation consacrent une grande partie de leur temps de travail à l’éducation musicale : conférences d’avant-concert, ateliers participatifs de découverte des instruments, ateliers de composition pour les enfants. Faute d’espaces, nous ne faisions à Pleyel que des conférences ». La Philharmonie offre des salles dédiées à la vulgarisation de la musique classique.

« On ne peut plus parler d’élitisme !, martèle Fabienne Voisin. Nous donnons ce soir un concert de musiques de film, l’occasion pour le public de réaliser qu’il connaît le répertoire classique sans forcément s’en rendre comte : la B.O. d’Orange mécanique? Du Rossini ! Celle de Tueurs nés? Moussorgski. Notre répertoire c’est l’émotion. »

Passage à l’Est
L’autre argument du débat est la mobilité du public. Les fidèles de Pleyel se déplaceront-ils jusqu’à La Villette ? L’Ondif, un des orchestres associés à la Philharmonie, est directement concerné. Son public régulier est composé à 50% de Parisiens, venus plutôt de l’Ouest de la capitale, et à 50 % de franciliens de la proche banlieue ou de la banlieue… ouest aussi. Sans compter que la concurrence s’intensifie aux alentours : un nouvel auditorium s’est ouvert à la Maison de la radio et un autre est attendu dans l’Ile Seguin, à Boulogne-Billancourt.

La Philharmonie réussira-t-elle une ouverture à l’Est ? « Son grand atout : elle est visible !, rétorque Fabienne Voisin. On peut venir en famille passer une journée, entre un concert, des ateliers, un musée, un restaurant. A Pleyel, il fallait entrer pour voir ce qu’il s’y passait. »

Qui sait ? La grande musique sera-t-elle dans les années à venir l’objet d’un formidable engouement, comme l’est aujourd’hui la grande cuisine. Pleyel retrouvera-t-elle alors « son » répertoire ? Fabienne Voisin en doute : « Quand on aura des lieux à l’acoustique appropriée, je ne suis pas persuadée qu’on ait envie de revenir à Pleyel… »

« B.O. Les chefs d’oeuvres de la musique classique au cinema », Vendredi 19 décembre, 20 h, salle Pleyel. 10 à 30 €. 01 42 56 13 13.

Article paru dans Le Parisien du 19 décembre 2014.

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