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L’ensemble Pygmalion, de Bach à Mozart

Pygmalion crédit Pierre-Gabriel PichonINTERVIEW – L’ensemble baroque Pygmalion est en pleine ascension : une Victoire de la musique du meilleur enregistrement de l’année pour « J.S.Bach : Köthener Trauermusik BWV 244 » (Harmonia Mundi), une tournée internationale avec le spectacle « Trauernacht » mis en scène par Katie Mitchell et la signature d’une résidence à l’Opéra de Bordeaux. Rencontre avec Raphaël Pichon, son directeur musical, pour évoquer l’actualité de son ensemble.

Avoir 30 ans et se passionner pour une musique qui en a 300, n’est-ce pas incongru ?
Raphaël Pichon : Aucunement ! Nous sommes des légions entières de jeunes musiciens vivant dans le monde présent, et se passionnant pour ces musiques ! J’ai eu la chance de côtoyer ces musiques très jeune, et le choc fut immédiat. Ce n’est pas l’âge d’une musique qui compte, mais bien sa force et sa qualité. Ce qui m’intéresse, ce sont les «grandes » musiques, non pas des musiques soi disant « élitistes », mais bien celles qui vous touchent pour toute votre vie. Et la « grande » musique existe dans toutes les époques et tous les styles !

Le spectacle « Trauernacht » est-il le fruit de cette réflexion ?
R. P. : Réaffirmer la proximité de la musique de Bach avec notre quotidien, la lier à des questions existentielles et universelles, voilà ce qui motiva tout d’abord ce spectacle. Le spectacle raconte une histoire que tout un chacun peut vivre, dans un univers visuel très actuel et commun. J’ai longtemps rêvé d’un tel projet… J’avais participé en Hollande à une production reposant sur le même concept, là autour de la Passion selon Saint-Jean. Le résultat, ne fut malheureusement pas ce que j’attendais pour ce répertoire . Quand le festival d’Aix-en-Provence m’a offert cette chance de collaborer avec la metteur en scène Katie Mitchell, j’ai y tout de suite vu un signe fort de remettre ce propos au travail !

Au 22e Victoires de la musique classique, le 2 février à Lille, Raphaël Pichon reçoit la Victoire du meilleur enregistrement de l’année.
Au 22e Victoires de la musique classique, le 2 février à Lille, Raphaël Pichon reçoit la Victoire du meilleur enregistrement de l’année.

Bach est aussi le cœur de votre dernier CD, Köthener Trauermusik, un projet qui a rencontré un grand succès…

R. P. : Bach est un immense compositeur aujourd’hui très joué, enregistré, et décortiqué. Il nous reste malgré tout, et cela est passionnant pour nous jeunes musiciens, quelques zones encore inexplorées. En écoutant cette cantate funèbre pour le Prince de Köthen, on apprend et découvre un autre visage de la production de Jean-Sébastien Bach. Ce projet fut un challenge et un travail très exaltant, et l’aide de précieux musiciens autour de moi ont permis que ce projet reste avant tout une réelle expérience musicale.

Le nouveau projet discographique de Pygmalion est-il lié à Bach ?
R. P. : Depuis le début de l’ensemble nous travaillons sur l’héritage de Bach. Nous allons nous ouvrir à d’autres répertoires mais en gardant en tête cet héritage : de Schütz nous irons à Brahms, de Bach vers Mendelssohn. Notre prochain disque avec la soprano Sabine Devieilhe marque les premiers pas orchestraux réels de l’aventure de Pygmalion, autour d’un magnifique projet Mozart. Un portrait, une histoire en musique, de cette relation inouïe de Mozart avec les trois soeurs Weber : Aloysia son premier amour, Josepha la colorature qui deviendra la Reine de la Nuit de la Flûte enchantée, et enfin Constance que Mozart épousera contre la volonté de son père ! Quelques uns des plus beaux airs de concert, extraits d’opéra, mais aussi des inédits et de petites miniatures, comme « Ah, vous dirais-je maman ! » ou « Dans un bois solitaire et sombre ». Une sorte d’éveil amoureux de notre Mozart au fil de ces rencontres, du plus naïf au plus mystique.

D’autres ensembles se sont fait une spécialité de Mozart. Pensez-vous en termes de « concurrence » ?
R. P. : En aucun cas. Mozart est à l’égal de Bach un compositeur d’une telle richesse que bon nombre de musiciens peuvent s’en faire une spécialité ! Il est également fabuleux de constater à quel point Mozart vit aujourd’hui et a tellement évolué depuis trente ans dans son approche : le travail de Nikolaus Harnoncourt, John Eliot Gardiner et aujourd’hui René Jacobs ou encore Teodor Currentzis sont absolument passionnants et nécessaires ! Cette richesse montre combien cette musique est vivante, qu’elle nous parle si directement encore aujourd’hui… Vive Mozart !

Article paru sur le site de Mécénat musical Société Générale

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