• Home  /
  • Compositeurs   /
  • Critique : la bio d’Alexandre Scriabine aux éditions Actes Sud
Critique : la bio d’Alexandre Scriabine aux éditions Actes Sud scriabine clement Full view

Critique : la bio d’Alexandre Scriabine aux éditions Actes Sud

scriabine clementLIVRE – L’année 2015 est l’année Alexandre Scriabine ! Le compositeur russe, mort il y a cent ans, est l’objet d’une biographie signée par Jean-Yves Clément. Critique.

Réjouissons-nous que le centenaire de la mort d’Alexandre Scriabine soit le prétexte à mieux connaître ou à découvrir son oeuvre. Né en 1872, ce compositeur russe fut longtemps méprisé. Certains dénigraient son originalité, ses élans mystiques et beaucoup lui préféraient son double, Serge Rachmaninov, qui, comme Scriabine, était élève du conservatoire de Moscou, brillant pianiste et compositeur. « C’est presque une réhabilitation », se réjouit Jean-Yves Clément, auteur d’une récente biographie d’Alexandre Scriabine aux éditions Actes Sud (Collection Classica).

Jean-Yves Clément prend le contrepied de ces critiques. Pianiste, auteur et organisateur du Festival de Nohant, des Lisztomanias de Châteauroux, et des Rencontres Internationales Franz Liszt, il délivre un vibrant plaidoyer pour le génie de Scriabine. »Ce n’est pas un troisième couteau de la musique classique », affirme Clément. Avec une plume délicate, il souligne l’extraordinaire talent du Russe pour la miniature, l’aphorisme musical. Dans « Alexandre Scriabine ou l’Ivresse des Sphères », le vrai titre de ce livre, l’auteur reprend une par une (ou presque) les partitions, et en décrit la structure, les mouvements, l’évolution du style et parfois les textes que Scriabine y associe. A propos de la « Sonate pour piano n°5 », il écrit par exemple : « Tout est neuf dans cette sonate qui commence par un geste d’une folle audace, soudainement sorti du magma, une extraordinaire et formidable éruption, une inflammation brutale de l’espace, une geste nouveau dans l’histoire du piano, comme l’avait été celui de Beethoven, dans la sonate « Appassionata« ... ». Vous l’aurez compris :  il faut lire ce livre à côté d’un Deezer ou d’un Spotify pour entendre les pièces décrites, à moins que vous n’ayez déjà chez vous l’intégrale de Scriabine.

Clément reprend tout au long de son livre l’idée que l’esthétique de Scriabine est en continuité avec celle de Chopin. Il suggère également combien Scriabine pourrait être vu comme le précurseur de compositeurs comme Cage, Stockhausen ou Messiaen (les lecteurs de ce blog se souviendront que le pianiste Ivan Ilic faisait ce lien dans son dernier disque). Son esthétique originale, bousculant les harmonies et la tonalité, place en effet Scriabine du côté des modernes. Ses écrits révèlent sa grande spiritualité (il était proche des théosophes) et explique peut-être le mystérieux de sa musique et de son personnage. Le compositeur russe vit son art comme un nouvel évangile, se voit comme un guide vers les profondeurs de l’âme. On songe à la foi chrétienne de Messiaen et à la passion de Cage pour la mystique orientale.

Du côté biographique, rien de nouveau, et c’est là que le livre peut décevoir. Les éditions Actes Sud présentent les ouvrages de cette collection comme des biographies de compositeurs mais une fois de plus on reste un peu sur sa faim si l’on veut « entrer » dans la vie de Scriabine, ses lectures, ses femmes, ses amis, ses rivaux, etc. Jean-Yves Clément ne s’en cache pas : il n’est pas allé dénicher des archives inédites dans quelque bibliothèque moscovite. Interrogé sur ce point, il répond : « les détails de la biographie ne sont pas ma tasse de thé. Ce qui m’intéresse c’est d’écrire poétiquement sur ce qui fait le mystère de la musique. La vie de Scriabine c’est sa musique. Scriabine est un homme fermé sur lui même, très égocentrique, seul face au monde. Ce n’est pas l’homme qui m’a fasciné mais l’oeuvre, tellement géniale. »

 

 

 

 

 

Leave a comment