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Polémique ? Anti-humaniste, anti-romantique, anti-conservateur ? Qui était vraiment Pierre Boulez ? 17-0337 ©Internationales Musikinstitut Darmstadt Full view

Polémique ? Anti-humaniste, anti-romantique, anti-conservateur ? Qui était vraiment Pierre Boulez ?

ExpositionBoulez©W-Beaucardet-012EXPOSITION – Compositeur, chef d’orchestre, fondateur d’institutions : Pierre Boulez est une personnalité majeure de notre paysage culturel. La Philharmonie de Paris lui consacrait une exposition en 2015. Visite guidée avec la commissaire de l’exposition pour mieux cerner l’homme et son oeuvre.

Qui est Pierre Boulez ? Un compositeur, la figure de proue de l’avant-garde musicale française, un chef d’orchestre internationalement reconnu, un polémiste, un bâtisseur… Pour les 90 ans de Pierre Boulez cette année, la Philharmonie de Paris lui consacre une exposition qui nous fait plonger dans l’histoire de la culture en France après 1945. On y entend quelques unes des plus belles pages de Pierre Boulez, compositeur, comme « Le Marteau sans maître ». On le voit diriger « Le Sacre du Printemps » de Stravinsky, une interprétation qui fit date (écoutez ici). Et l’on feuillette un album de photos souvenirs où se croisent des gens de théâtre – Jean-Louis Barrault et Madeleine Renaud, Jean Vilar, Patrice Chéreau – des penseurs – Gilles Deleuze et Michel Foucault – et des peintres dont Pierre Boulez s’inspirera : Jackson Pollock, Paul Klee, Nicolas de Staël (lire ici un article sur son dernier tableau intitulé « Le Concert »). Leurs oeuvres côtoient les partitions et les lettres.

« Les gens de ma génération voient avec distance les polémiques qui entourent Pierre Boulez. » Sarah Barbedette, commissaire de l’exposition.

ExpositionBoulez©W-Beaucardet-002Selon votre âge – Traverser l’exposition Pierre Boulez peut engendrer une expérience variable… selon votre âge ! Les moins de vingt ans venus avec leur professeur de musique n’ont jamais entendu parler de Pierre Boulez et écoutent cette musique contemporaine avec étonnement. « Bizarre », « stridente », « pas classique », « pas régulière », « pas si surprenante que ça »… sont les adjectifs récoltés auprès d’élèves de 3e du College Pierre Corneille du Neubourg (Eure). Les plus de cinquante ans se souviendront peut-être de l’émission politique « 7 sur 7 » dans laquelle Anne Sinclair demandait à Jacques Chirac ce qu’il écoutait comme musique… « du Pierre Boulez », fut la réponse. La commissaire de l’exposition Sarah Barbedette, 33 ans, analyse les choses encore différemment : « Les gens de ma génération voient avec distance les polémiques qui entourent Pierre Boulez. Quand je l’ai rencontré je n’avais pas d’a priori. J’ai fait la connaissance d’un homme affable, intelligent et surtout très humain. »

Polémique ? Anti-humaniste, anti-romantique, anti-conservateur… le Pierre Boulez de l’après-guerre est un jeune homme fougueux qui veut « tout faire sauter », raconte Sarah Barbedette. Il lance quelques formules qui ont fait couler beaucoup d’encre comme « Schoenberg est mort », « Il faut brûler les maisons d’opéra », « Le jazz n’est qu’une musique de bars », et signe de fortes prises de position politiques : « Pourquoi je dis non à Malraux » et le « Manifeste des 121 » critiquant la Guerre d’Algérie. «Boulez répond à la nécessité d’une époque, celle de l’après-guerre, poursuit la commissaire de l’exposition. A l’image des villes détruites, il faut rebâtir le rapport à la culture. Boulez refuse la transmission d’un même schéma en ce qui concerne la musique. » Il aura ainsi l’idée d’un lieu qui rassemble un musée des instruments (visite guidée ici), une médiathèque et des salles de concerts. La Cité de la musique voit le jour en 1995 dans l’Est parisien, complété en janvier dernier par une grande salle symphonique et de nombreux espaces pour les ateliers ouverts à tous : la Philharmonie de Paris.

33-0975 ©Christian Steiner_New York Philharmonic ArchivesD’un point de vue esthétique, Pierre Boulez veut révolutionner la musique. A l’atonalisme des débuts s’ajoutent l’utilisation de l’informatique et la recherche sur l’acoustique. Créée au Festival d’Avignon, « Répons » (1981) remet en cause la géographie traditionnelle du concert. Pour cette oeuvre «spatialisée», les instrumentistes sont disposés autour des spectateurs. Elle mélange des sons produits par ordinateur et par des instruments traditionnels. « Répons » est élaborée dans les studios de l’Ircam (Institut de recherche et de coordination acoustique/Musique), bâti en 1977 près du Centre Pompidou. « On ne forge pas l’avenir avec des outils du passé » commentera Pierre Boulez, initiateur de l’Ircam.

Si Pierre Boulez a l’oreille du politique, c’est aussi en raison de sa réputation internationale comme chef d’orchestre, notamment comme défenseur de la musique française. Les partitions de Debussy et Ravel retrouvent des couleurs modernes dégagées d’une sentimentalité soi-disant « impressionniste ». Des vidéos le montrent dirigeant l’Orchestre Philharmonique de New York, où il succède à Leonard Bernstein. Ses enregistrements sont devenus des références.

Exposition Philharmonie de Paris, jusqu’au 28 juin. Entrée : 10 €. Du mardi au vendredi de 12 h à 18 h et le samedi et dimanche de 10 h à 18h. Visites guidées les samedis et dimanches à 14h30. A l’occasion des 90 ans de P. Boulez, les grands labels du classique Deutsche Grammophone et Erato sortent leur coffret Boulez. Le catalogue de l’exposition est publié aux Editions Actes Sud.

Article paru les 5 mai (journal non paru) et le 17 mai dans Sud Ouest Dimanche.

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