• Home  /
  • Non classé   /
  • Germaine Tillion : le camp, l’opérette et la résistance
Germaine Tillion : le camp, l’opérette et la résistance Tillion-Editions-La-Martinière - ©Germaine Tillion. Full view

Germaine Tillion : le camp, l’opérette et la résistance

80815_couverture_Hres_0LIVRE – La résistante Germaine Tillion fait son entrée au Panthéon le mercredi 27 mai 2015. Emprisonnée au camp nazi de Ravensbrück, elle y a écrit une opérette, « Le Verfügbar aux Enfers », un acte musical héroïque. Son livret, plein d’ironie et de courage, est l’objet d’une nouvelle publication aux Editions de La Martinière.

Quatre résistants entrent ce 27 mai au Panthéon : Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Jean Zay, Pierre Brossolette et Germaine Tillion. Cette ethnologue spécialiste de l’Algérie a intégré en 1940, à l’âge de 33 ans, le réseau du Musée de l’homme, l’un des premiers groupes de résistants en  France. Dénoncée par un agent double, Germaine Tillion est envoyée en 1944 à Ravensbrück, principal camp de concentration féminin.

Pour lutter moralement contre l’horreur, Germaine Tillion prend du recul et fait appel à ses connaissances scientifiques : elle observe l’organisation sociale du camp, tente d’estimer l’espérance de vie des déportées, analyse le sort réservé aux homosexuelles, aux prostituées, aux résistantes et bien sûr aux Juives. Car toutes n’ont pas le même statut dans l’exploitation nazie, et donc pas le même traitement. Les résistantes qui refusent de travailler sont hors cadre, corvéables à merci, « disponibles » – « verfügbar » en allemand.

Germaine Tillion a l’idée d’écrire une « opérette revue », pour se moquer, avec ses co-détenues, de cette vie infâme : « Le Verfügbar aux enfers ». Elle s’inspire de l’Orphée aux enfers de Offenbach, lui-même une parodie de l’Orfeo de Gluck, et emprunte des airs populaires : un extrait de l’opérette « Les trois valses », la comptine « Au clair de la lune », une fable de la Fontaine, des publicités de l’époque, une mélodie de Duparc.

Quant au texte, il est d’une exceptionnelle ironie ! Germaine Tillion invente la venue d’un scientifique, un « naturaliste », qui vient faire une conférence sur le fameux Verfügbar. Un extrait :
Le naturaliste :  » Anatomiquement, on classe le Verfügbar parmi les animaux inférieurs… il est apparenté aux gastéropodes (de gaster : estomac et de podos : pied), car il a l’estomac dans les talons, ce que personne ne peut nier… »

Parmi la littérature écrite dans ou sur les camps, il y a peu d’ouvrages de musique. On peut citer « L’empereur d’Atlantis » écrit dans le funeste « camp modèle » de Theresienstadt. L’œuvre est passionnante  car toute de suite Germaine Tillion analyse, met en perspective, avec fantaisie et autodérision. Le seul sujet que l’ethnologue n’osera pas aborder dans cette opérette satirique est le sort des enfants… sujet insupportable pour son public.

Le texte et le fac-similé du petit carnet dans lequel Germaine Tillion a écrit son opérette sont reproduits dans cette nouvelle publication aux Editions de La Martinière.


Germine tillion et le « Verfügbar aux enfers » par rue89

 

Leave a comment