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A Evian, un tsar chez le prince

FESTIVAL – Le violoniste russe Maxim Vengerov a fait sensation aux Rencontres musicales d’Évian : trois heures de concert dans la moite chaleur de la grange au lac et une série incroyable de bis, tous plus réussis les uns que les autres. 

« Qu’est ce qui fait la différence entre un mélomane et un expert de la musique classique ? », m’a-t-on demandé à l’entracte du concert du violoniste russe Maxim Vengerov et du pianiste israélien Itamar Golan. J’ai proposé cette réponse : « l’expert faire la différence entre un chef-d’œuvre mal joué et une œuvre moyenne tres bien interprétée. Par exemple, lors de la première partie de ce concert, la Sonate numero 1 de Prokofiev était très très bien jouée…!»

Malgré une ambiance inquiétante, troublante, cette sonate jouant sur les écarts de style, les saccades suivies de longues phrases tendres, reste assez ennuyeuse. En ce lundi 6 juillet de canicule, la Grange au Lac est moins une datcha (lire l’histoire du lieu ici) qu’un sauna ! Peut-être peut-on blâmer la chaleur mais en aucun cas les interprètes, leur engagement et leur expertise. Dans ces conditions, leur performance n’était que plus éclatante. 

La deuxième partie du concert était plus gaie et enthousiasmante avec les accents salves de Dvorák (danse en mi mineur op.46 numéro 2) et Brahms (scherzo de la sonate F-A-E et la deuxième Danse hongroise en ré mineur), la virtuosité de Paganini (caprice 24) : une série de petites pièces qui souvent ne sont données qu’en bis et qui, là, étaient offert comme plat de résistance ! Le brillant du violon de Maxim Vengerov (il surmonte toutes les difficultés techniques avec aisance) est conjuguée à une intelligence musicale remarquable. Dans « après un rêve » de Fauré et surtout dans La méditation de Thaïs de Massenet, la conduite de la phrase est absolument parfaite, ne tombant jamais dans la guimauve, ni dans le dérisoire. Le piano d’Itamar Golan est bien plus qu’un accompagnateur hors pair, c’est un véritable compagnon au geste puissant et profond. 

Le « tsar » : voici comment les membres du quatuor Modigliani, le directeur artistique du festival d’Évian, nomme affectueusement Maxim Vengerov. Prestance, force impériale, jeu tutoyant l’Olympe de la musique, le tsar est tout à fait à sa place à Evian, devant le magnifique hôtel Royal fraîchement rénové, celui qui fut construit en 1909 pour le prince Edouard VII. Les rencontres musicales sont le lieu de villégiature des têtes couronnées de la musique, ceux dont le sceptre est un archet. 

  

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