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Prades : un violoncelle sur le toit des Pyrénées

FESTIVAL – A travers des concerts de musique de chambre, le festival Pablo Casals à Prades fait vivre la mémoire de son inspirateur.

1939 : Le violoncelliste Pablo Casals fuit son Espagne natale gagnée par la dictature. A 60 ans, au sommet de sa gloire, il décide de ne plus jouer en public tant que Franco règne sur son pays. Il s’installe près de la frontière, à Prades. « De là, il ne quitte pas des yeux la Catalogne, son chez lui, résume Caroline Mignot, historienne et bénévole du festival. Il s’entoure d’amis, journalistes, artistes ou militants, exilés comme lui pour avoir défendu la république. Il va aussi s’occuper des réfugiés parqués dans les camps de concentration du Midi de la France. »

Casals ne jouant plus, le monde musical se désespère, l’Amérique lui offre des ponts d’or pour venir se produire, en vain. Même son ami Albert Einstein ne peut le convaincre. Un violoniste américain, Alexander Schneider, a une idée brillante : « Puisque vous ne voulez pas quitter Prades, permettriez-vous que nous venions ici et donnions des concerts avec vous? ». Le festival de Prades est né.

Depuis 65 ans, le festival Pablo Casals perdure. L’édition 2015 s’est ouverte dimanche dernier dans l’église Saint-Pierre de Prades. L’Orchestre Sinfonietta Cracovia jouait devant son immense retable baroque (photo de Une). « Le festival est une grande famille, s’enthousiasme Michel Lethiec, clarinettiste et directeur artistique du Festival Pablo Casals. Les musiciens invités restent deux semaines, vivent et travaillent ensemble. Nous faisons de la musique de chambre ce qui veut dire qu’il n’y a pas de tête d’affiche. Les musiciens sont sur le même plan. »

©Hugues Argence
©Hugues Argence

L’ambiance tranquille du festival vient de là : des solistes du monde entier posent leurs valises dans ce décor de montagne, au pied du mont Canigou, loin du rythme agité des tournées. Parfois rejoints par leurs proches, ils sont à Prades pour jouer mais aussi enseigner : 148 jeunes, futurs musiciens professionnels, sont attendus par 30 professeurs. Maîtres et élèves de l’Académie sont à l’affiche des concerts organisés dans les lieux patrimoniaux des alentours : l’abbaye Saint-Michel de Cuxa, le Palais des rois de Majorque, le prieuré de Serrabonne et même les grottes des Grandes Canalettes.

Cette communion dans la musique était incarnée lundi soir par le Fine Arts Quartet (photo ci-contre), quatuor à cordes dont les membres viennent des Etats-Unis, du Canada et du Royaume-Uni. Pour son violoncelliste, Robert Cohen, jouer dans le festival de Casals est une expérience importante : « Casals est toujours un modèle. Je réécoute encore un enregistrement d’un de ses concerts captés par la BBC. C’est extraordinaire et toujours aussi puissant.»

Côté spectateurs aussi, Prades rassemble des exilés volontaires, ces vacanciers venus profiter des balades et des baignades en rivière. Dominique, chef cuisinier de 39 ans, vient de Londres. En vacances à Prades, il ne manque pas les concerts. Ludovic, infirmier à Bourges, est venu pour le Fine Arts Quartet dont il est fan. Ils sont 15 000 festivaliers chaque année.

« Faire de la musique de chambre, veut dire s’écouter, se comprendre, explique Michel Lethiec. Nous savons à quoi sert la musique : elle doit venir du cœur et porter un message, celui de l’acceptation de l’autre. Casals incarnait cela, l’humanisme transmis à la musique. »


Festival Pablo Casals, Prades

OU : A Prades dans les Pyrénées orientales, lieu d’exil du violoncelliste Pablo Casals en 1939.
QUOI : Des concerts de musique de chambre de toutes les époques, de Mozart à Gershwin en passant par Schubert.
QUI : Des musiciens venus du monde entier se retrouvent pendant 15 jours pour jouer la musique de chambre.
QUAND : Jusqu’au 13 août.
COMBIEN : De 6 € à 32 € pour les concerts. Les conférences et concerts des étudiants de l’Académie à 18h sont gratuits.

Article paru le 29 juillet 2015 dans Le Parisien.

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