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La Jacquerie ou comment Edouard Lalo a tout compris

laJacquerie-Lalo-20FESTIVAL – Re-créé au Festival Radio-France et Montpellier-Languedoc-Roussilon cet été, « La Jacquerie » est reprise le 11 mars 2016 à l’Auditorium de Radio France. Nous étions à Montpellier pour écouter cette Jacquerie ». Une réussite à plus d’un titre.

« Dis Séverine, j’aimerai bien découvrir l’opéra… tu m’emmènes ? » J’entends souvent cette petite phrase et si je me réjouis qu’un(e) ami(e) ait envie de découvrir la musique que j’adore, je dois souvent me poser bien des questions. Que faire voir à quelqu’un qui n’y connait rien ou peu en musique, encore moins en opéra ? « Carmen » car c’est un tube ? « La Bohème » car on pleure à chaque fois ? Un Verdi pour la bravoure ? Un Wagner pour le grandiose ? J’avoue que j’ai un peu peur à l’idée d’embarquer un novice dans trois heures de vocalises et d’histoires improbables (!) au risque de le dégouter.

Le 24 juillet au Festival de Radio-France et Montpellier-Languedoc-Roussilon, j’ai pris le risque : embarquer une amie à « La Jacquerie » d’Edouard Lalo (1823-1892). Je ne pouvais pas me tromper : je n’avais pas d’idée de ce que ca allait être ! Lalo est un presque inconnue et « La Jacquerie », son dernier opéra, était jusque là inédit au disque et au concert depuis plus d’un siècle.

Au final une très bonne surprise : un opéra très court (1h30) et donc très condensé. Un propos ni anecdotique ni emberlificoté : sur fond d’insurrection paysanne sanglante, le jeune Robert s’éprend de la châtelaine Blanche. Par amour pour elle, il s’interpose entre le peuple haineux et le père de Blanche – le seigneur local – dont il ne parviendra pourtant pas à éviter la mort. Poursuivi par les paysans, il sera lui-même frappé et périra dans les bras de sa bien-aimée.

La musique est délicieuse, mêlant des références romantiques et une tension digne d’un opéra de Verdi. Si Lalo n’a pas écrit un chef d’oeuvre il a tout compris des bons atouts d’un opéra ! A Montpellier en l’absence de mise en scène et de décors (c’était une version de concert), on a pu se rendre compte combien sa musique est visuelle et se suffit à elle même pour dessiner les noeuds affectifs entre les personnages.

A Montpellier « La Jacquerie » était défendue avec fougue et intelligence par une brochette de grands chanteurs : Véronique Gens (une blanche digne et touchante), Nora Gubisch (une mère poignante), Charles Castronovo, Edgaras Montvidas, soutenu par un fidèle Orchestre Philharmonique de Radio France dirigé par Patrick Davin. On sort de cette petite soirée enchanté(es) : mon amie retournera à l’opéra !

« La Jacquerie » est reprise le 11 mars 2016 à l’Auditorium de Radio France. On y retrouvera l’orchestre et le chef, ainsi que Véronique Gens, Nora Gubisch, Edgaras Montvidas mais c’est Florian Semper qui prendra la place de Charles Castronovo.

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