Lang Lang, la classe business LANG LANG A PARIS 8 Full view

Lang Lang, la classe business

LL Versailles INTERVIEW – Le pianiste ouvre la sixième édition du festival de L’Esprit du piano à Bordeaux. Rencontre.

Plus qu’un pianiste classique, c’est un phénomène. Le Chinois Lang Lang est un des artistes classiques qui vend le plus de disques. Il a près de 300 000 « followers » sur Twitter et 20 millions sur son équivalent chinois. Pour son dernier disque « Lang Lang in Paris », il a réalisé un rêve : jouer dans la galerie des glaces du Château de Versailles. Devant son enthousiasme et sa renommée, l’établissement a même décidé de le choisir comme « Ambassadeur du Château de Versailles ». Sous ces dorures, il a joué Chopin et Tchaïkovski, deux compositeurs romantiques qu’il jouera à Bordeaux mardi. Rencontre.

C’était un rêve de faire un concert à Versailles ?
Lang Lang. : Pour nous, les étrangers, c’est tout simplement la pièce la plus belle du monde ! Avec ses miroirs et ses chandeliers, elle est très glamour. Et cette vue sur les jardins ! En juin dernier, lors du concert capté pour le DVD (« Lang Lang à Versailles », Sony), je jouais face au jardin, c’était génial. Toute la journée, le temps était gris et il pleuvait mais, au début du concert en fin de journée, le soleil est apparu. Il s’est reflété partout : j’ai dû fermer les yeux. Tant mieux, car je n’aime pas regarder mes mains quand je joue.

Chopin est votre compositeur fétiche, mais Tchaïkovski ?
L. L. : À cinq ans, je jouais déjà « Mai », tiré des « Saisons » de Tchaïkovski, que je jouerai à Bordeaux. J’ai joué « Juin » toute ma vie, je l’adore. Je ne les avais par contre jamais joués en tant que cycle. L’association avec Chopin a du sens, ce sont tous deux des romantiques, tous deux des compositeurs populaires. Le public aime Chopin car il ouvre les cœurs. Sa musique est très personnelle, chacun peut faire « son » Chopin… comme chaque chef d’orchestre veut faire « sa » symphonie de Tchaïkovski !

« Les saisons » sont des pièces très faciles…
L. L. : Oui c’est ce que pensent beaucoup de gens : c’est une musique pour enfant ! Ca n’a pas d’importance à mes yeux. On dit « Tout le monde peut jouer ca »… Et alors ? Ce n’est pas un défaut. Ces « saisons » m’émeuvent. On peut être dans la tradition tout en étant non conventionnel. C’est ce que j’ai appris avec Harnoncourt (le chef d’orchestre baroque Nikolaus Harnoncourt avec qui Lang Lang a réalisé un CD Mozart en 2014, ndlr). Dans un premier temps, il est très attentif à la partition, au respect du compositeur. Dans un second temps, il prend des risques, pousse les limites pour voir si ces pièces sonnent différemment et chantent sa voix à lui.

LL Gallerie des GlacesVotre carrière fait de plus en plus étape en France, notamment à Bordeaux où vous avez joué en 2013 dans un auditorium plein à craquer…
L.L. : Je vis six mois de l’année entre la Chine et les Etats-Unis et les six autres mois en Europe. J’adore jouer à Bordeaux car j’ai en plus l’occasion d’y goûter d’excellents vins. Je suis souvent gâté : on m’offre de nombreux cadeaux, des bouteilles de Cheval-Blanc ou Mouton-Rothschild de mon année de naissance… 1982, une chance : c’est une très bonne année !

A Bordeaux en 2013, vous avez autorisé des enfants à s’asseoir sur scène à côté du piano. La jeunesse est importante pour vous ?
L.L. : C’est notre défi, à nous musiciens classiques, de toucher une nouvelle génération, un nouveau public. En Chine c’est une évidence. Il y a 20 millions de jeunes pianistes. Je leur donne envie de jouer : c’est un bon début. Mais après…

Vous sentez-vous responsable envers eux ?
L.L. : Complètement. Je sens qu’ils posent sur moi un certain regard, comme si j’étais déjà plein d’expérience et de réponses ! Si certains d’entre eux ont un potentiel, il faut qu’ils puissent trouver l’éducation appropriée pour concrétiser leurs talents. Les Etats-Unis fournissent une excellente éducation. Beaucoup de pays aussi. J’aime l’exemple d’El Sistema, ce système vénézuélien d’éducation musicale pour les enfants. C’est un modèle idéal pour qu’une société ne laisse pas les enfants à la rue, à la traine. Mais la Chine est un immense pays. Il n’est pas aisé de rassembler tant de gens. Elle manque de professeurs connaissant la musique occidentale. J’ai donc fondé une école pour faire venir en master-class des amis musiciens et enseignants comme mon ami Herbie Hancock.

Vous avez réussi une carrière dont peu de musiciens classiques peuvent se vanter. A quoi rêvez-vous aujourd’hui ?
L.L. : Me maintenir au top ! J’ai encore beaucoup de chemin à parcourir. Mes modèles sont Vladimir Horowitz et Artur Rubinstein. Je dois rester concentré.

Outre des vidéos sur youtube, des posts sur twitter, vous vous associez à des marques et avez même créé un parfum Lang Lang… vous ne reculez devant rien ?
L. L. : Je n’ai pas de barrière. Je trouve un lien direct entre l’harmonie en musique et l’harmonie des senteurs d’un parfum. Nous avons fait une enquête marketing pour savoir qui étaient les gens qui achetaient mon parfum. La plupart des acheteurs aiment la musique…. mais ne savent pas qui je suis, ni ce que je fais (rires).

Que lisez-vous en ce moment ?
L.L. : Des livres sur la vie des grands musiciens européens… et des manuels de marketing.

premiere-watch-lang-langs-making-of-video-for-upcoming-in-paris-album-on-sony-classicalDans les bacs :

  • Un DVD : « Lang Lang in Versailles »
  • Un CD « Lang Lang in Paris »

Le tout avec le même programme « Scherzos » de Chopin et « Saisons » de Tchaikovsky. (Sony)

 

 

Propos recueillis et traduits par Séverine Garnier
Mardi 17 novembre à Bordeaux. Complet. 05 56 00 85 95.
Article paru dans Sud Ouest du dimanche 15 novembre 2015.

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