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Renaud Capuçon va-t-il troquer son archet pour une baguette ?

COMPTE-RENDU – Le violoniste français Renaud Capuçon donnait hier un concert unique au Pin Galant de Mérignac (33). Pour la première fois il s’est associé avec l’European Camerata, un orchestre jouant debout, avec une étonante version pour violon du Concerto pour violoncelle de Schumann. Récit.

L’European Camerata ? Un orchestre d’une vingtaine de musiciens issus des grands orchestres d’Europe qui jouent sans chef et debout (les violoncellistes restent, eux, assis, bien sûr). Laurent Quenelle, le premier violon, est un ancien de l’Orchestre des Jeunes de la Communauté Européenne. Voulant garder la fraicheur de cette formation qu’avait imaginée le chef Claudio Abbado, il a conçu un orchestre de chambre où chaque musicien garde une identité de soliste plutôt que de rester « planquer » au fond de la salle. L’astuce fonctionne : le jeu des regards, des légers déplacements des uns et des autres ajoutent une dimension chorégraphique qui soutient la musique. Au niveau sonore, on entend également une association d’individualités et non une masse, de la musique de chambre plutôt qu’un orchestre.

Cette observation se vérifie d’avantage encore dans le Concerto pour violoncelle de Schumann transcrit pour violon. Ce passage du violoncelle au violon ne semble pas une aberration, le compositeur lui-même a écrit une version pour violon et piano. La transcription pour ensemble de cordes est plus étonnante, puisqu’on y perd au passage de nombreuses harmoniques offertes à l’origine, par les vents notamment. Dans cette version, on reconnaît la mélodie familière, profonde et virtuose, de ce célèbre concerto. Une fois jouée au violon, la partition livre d’autres atouts : vivacité et légèreté. Elle mets le soliste dans une position de leader. Il n’est plus soutenu par l’orchestre, enveloppé comme un enfant dans son couffin. Il doit gagner en autonomie. L’European Camerata, cette association de solistes, est le partenaire idéal pour une telle autonomie dont profite largement Renaud Capuçon (lire ici une interview du violoniste).

Soirée diapos
Entre deux phrases, là où les solistes souvent relâchent leur membres pour évacuer la tension, Renaud Capuçon reste en alerte, donne à ses camarades quelques impulsions, d’un geste du bras droit, d’une épaule, etc. L’artiste a déjà confié son envie « d’ici dix ans » de se mettre à la direction d’orchestre. Est-ce ce désir montant : on a entendu hier un autre Renaud Capuçon. Il garde cette concentration, ce geste très réfléchi qui le caractérise, ce son très clair et contenu mais il a gagné en souplesse, en liberte corporelle. « C’est la maturité. Je vieillis ! », s’est-il justifié à l’entracte. Parlons plutôt de bonification ! L’assurance due à l’expérience lui va très bien. Et lui permet aussi de s’engager dans des routes peu empruntées, comme ce Concerto. Il n’offre pas de bis – rien ne l’y oblige – quitte à décontenancer ses fans.

La deuxième partie du concert sera moins réjouissante. Si le Concerto pour violons et orchestre à cordes en ré majeur de Stravinsky est plein de surprises et d’humour, les interprètes nous présentent un « Souvenir de Florence » de Tchaikovsky peu captivant. A l’origine écrite pour sextuor, la pièce gagne en embonpoint à être jouée à vingt. On éprouve la même sensation qu’à une soirée « diapositives de vacances » : les photos sont belles, elles ne vous font pas voyager pour autant. Le public en est bousculé : il croit voir la fin du concert à chaque mouvement, applaudi longuement avant de repartir un peu las pour un autre tour. Une fois de plus, l’auteur de ce blog redit l’importance de repenser la structure du concert classique. La formule « ouverture+concerto+pause+symphonie » héritée du XIXe siècle est inadéquate pour les spectateurs d’aujourd’hui. Faisons plus court, plus intense s’il vous plait !

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